Copier un pantalon de A à Z, partie 1 : Patronage.

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Il y a quelques années, j’ai acheté un pantalon dans une boutique de pap à Paris. Il a très tôt fait partie de ces habits chéris d’entre tous dans une garde-robe. Donc le copier était dans mes objectifs depuis longtemps.

Il y eu des tentatives, infructueuses. Je laissais tomber. Je reprenais, mais ça ne marchait pas vraiment, peut-être parce qu’à cette époque j’avais trop peu de connaissances sur la manière dont marche un patronage ? Je ne sais pas. Mon appartement s’est retrouvé rempli d’essais en toile, à côté d’autres essais de pantalons pas plus réussis, un véritable musée des horreurs !

 

Mais si je vous écris aujourd’hui, ce n’est pas pour me lamenter, mais bien au contraire pour vous dire combien je suis heureux, car… j’ai enfin réussi ! Donc cet article en deux parties pour vous parler un peu de :

  1. Comment j’ai finalement réussi à recréer le patronage de ce pantalon en combinant deux méthodes
  2. Comment j’ai assemblé ce pantalon en m’inspirant aussi de cet exemplaire du pap, et de ceux que j’ai dépecés ces derniers mois.

 

Descriptif du modèle.

Let me introduce you to :

 

copier pantalon original

 

A plat sur une table, c’est pas hyper vendeur. Mais cela montre un avantage considérable pour la copie : le prince de Galles, rigoureusement tissé. A plat, ce pantalon ressemble quasiment à un rectangle. Porté il n’en est rien. Voyez plutôt :

 

P1050090 P1050092 - Copie P1050093

 

C’est un pantalon sans plis, assez prêt du corps. Sa taille est considérablement basse, 1 à 2 cm trop basse pour mon goût (et mon corps). Mais je n’allais pas en plus me lancer dans des transformations : ce sera pour une autre fois.

Ce pantalon est sans pinces dos non plus, et cela ne m’étonne pas beaucoup car :

  • les pinces sont là pour donner un volume, qui chez moi est très maigre pour ne pas dire inexistant (89 tour de taille et 94 tour de bassin), donc je n’en ai pas forcément besoin ;
  • vu l’emplacement de la taille du pantalon, largement en dessous de la taille « anatomique », cette différence entre tour de taille et de bassin est encore plus faible.

Des revers donnent pas mal de personnalité à la coupe je trouve. Ils sont hauts de 3,8 cm.

 

copier pantalon couture augustin revers

 

La ceinture est elle aussi haute de 3,8 cm. Sa doublure (le rideau de ceinture), en 3 parties, mesure 7,5 cm de hauteur. J’y reviendrai. 2 boutons ferment le pantalon : le premier est visible sur l’endroit, au niveau du milieu devant. Le second est situé à l’intérieur. Il n’y a pas de crochet ou d’attache métallique.

 

copier pantalon couture augustin sous pont

 

Le pantalon possède des poches dites italiennes, que j’ai choisi de remplacer par des poches dans la couture pour une raison principale : comme la coupe est assez serrée et que je n’étais pas franchement sûr d’avoir un résultat optimal, je me suis dit qu’il y avait de grandes chances que les poches italiennes « baillent » une fois le pantalon porté, si celui-i était un peu trop étroit au niveau du bassin. La poche côté dans la couture réduit ce risque.

 

copier pantalon couture augustin ceinture

 

Ce pantalon possède aussi deux poches passepoilées doubles dans lesquelles sont insérés des rabats assez travaillés, que je trouve très jolis et sur lesquels j’avais d’ailleurs écrit un article disponible ici. Néanmoins, j’ai choisi cette fois de relever le défi d’une poche doublement passepoilée totalement visible, avec l’exigence que cela implique. Donc pas de rabat.

 

copier pantalon couture augustin rabat

 

Enfin, il comporte deux poches pour tickets de métro, elles aussi doublement passepoilées (passepoils dans la doublure), que je n’ai pas refaites, parce que d’abord ça prend beaucoup de temps et surtout parce que je ne m’en sers jamais. Une sur le dos (ci-dessous), l’autre sur le devant.

 

copier pantalon couture augustin poche ticket

 

 

1- Recréer le patronage par des mesures.

Ce samedi matin où j’ai regardé mon pantalon et me suis dit : « je vais me le faire », j’ai empoigné la bête et ai commencé à… la mesurer ; sous toutes les coutures, évidemment. Voici le schéma qui en ressort :

 

copier pantalon couture augustin schéma

Je mesure, je mesure et je mesure :

  • couture côté (extérieure)
  • couture intérieure
  • longueur fourche devant et dos
  • longueur taille devant et dos
  • hauteur de ceinture
  • hauteur revers à l’ourlet
  • largeur ourlet devant et dos
  • largeur au genou devant et dos
  • largeur devant au fond de la fourche
  • hauteur de la poche côté
  • arrondi du devant au niveau de la poche
  • emplacement et dimension des poches dos…

Le quadrillage du pantalon est une aide inespérée… pour le devant du pantalon. Pourquoi ? Parce que le droit fil, qui suit une ligne de ce quadrillage, fonctionne avec le reste de ce morceau par une suite de perpendiculaires aux niveau des lignes majeures : ourlet, genou, bassin, taille. Le devant est un morceau droit par rapport au droit fil. Ce qui n’est pas du tout le cas du dos.

 

Difficultés du dos.

Pour le dos je galère. Il n’était pas encore assez clair dans mon esprit que le dos est « penché ». Ca se devine quand on regarde mon schéma : j’ai préféré incliner le droit fil que le dos lui-même. Je trouve que c’est un morceau très compliqué à se représenter, car sa géométrie est faite de manière à pouvoir englober une partie complexe et plus ou moins volumineuse de notre anatomie : nos fesses. Oui : « occupe-toi de tes fesses », c’est tout un programme, contrairement à ce qu’on voulait nous faire croire.

J’ai donc sorti mon rapporteur, me fiant le plus possible aux lignes du motif, aux mesures que j’avais prises « à l’extérieur du vêtement » et à ces angles aigus ou ouverts. mais c’est risqué, parceque c’est un peu comme dessiner un ensemble sans avoir de prise sur son centre de gravité.

 

P1040910

 

J’ai fini par extraire un patronage de ces mesures et j’en ai fait une toile. Je n’en ai pas de photos hélas, mais parce qu’à ce moment, mon appareil photo s’est trouvé en panne de batterie. Je dois absolument acheter une batterie de rechange, mon père me le répète sans arrêt… Toujours est-il que le devant de cette toile était très bien, très très bien, j’étais content… jusqu’à ce que je regarde l’arrière dans le miroir. J’utilise deux miroirs afin de ne pas me contortionner dans tous les sens et éviter les « faux » plis qui seraient uniquement dus à la torsion de mon corps. Mais là il ne s’agissait pas de faux plis : des plis bien réels et extrêmement disgracieux se formaient depuis la fourche vers les côtés. A côté, le camelto semblait un hymne au bon goût.

J’ai pesté, je me suis découragé. J’ai laissé tomber. Je suis allé découdre une jupe pour me détendre – on est un geek ou on l’est pas.

Mais le lendemain, j’ai décidé de tenter une autre approche, une technique recommandée par David Coffin dans son livre sur les pantalons. Cette deuxième technique consiste à quasiment décalquer le pantalon.

 

2- Copier le pantalon directement sur le papier.

J’ai donc pris mon dos de pantalon et je l’ai épinglé directement sur le kraft, couture extérieure sur la tranche.

 

copier pantalon kraft

 

Et j’ai noté au crayon l’endroit ou s’arrête l’intérieur de la jambe – 1ère étape. Ici c’est la jambe droite que l’on voit. Il faut noter que ce n’est pas la couture intérieure de ladite jambe, parce que sur ce pantalon, comme sur la plupart d’ailleurs, le dos est plus large que le devant. Donc, à plat, on peut voir d’un coup le devant, mais on ne peut pas voir le dos en une seule fois. C’est pour ça que je procède en deux étapes.

2e étape :

 

copier pantalon mesure

 

En partant de l’ourlet, j’ai retourné le pantalon pour mesurer quelle distance était cachée (face contre le kraft), et j’ai reporté cette distance à partir de ma précédente ligne de l’étape 1. Là encore, avoir un pantalon quadrillé fut utile !

 

Un peu plus délicat : le dessin de la ligne de taille et de la fourche. A l’aide d’un poinçon, j’ai percé à travers la couture jusque sur le papier. A chaque fois, j’ai comparé avec mes mesures de la première technique pour être certain que cela collait.

 

copier pantalon poicon

 

Et en effet, le patronage obtenu du dos ne fut pas – du tout – semblable au précédent. Voyez plutôt (le second patronage est au-dessus du premier) :

 

copier pantalon comparaison dos

 

Les modifications apportée eurent une incidence sur le devant. Après avoir mesuré à nouveau toutes les coutures du dos, j’eu notamment à ajuster la longueur de la couture intérieure devant (que je souhaite toujours supérieure de 1 cm à celle du dos, je vous expliquerai pourquoi dans le deuxième volet).

 

copier pantalon devant

 

Patronage final.

C’est donc avec ce second patronage, réglé de la manière suivante :

  • revers de 4 cm, soit 3×4 cm + 2 cm ajoutés en bas du pantalon ;
  • marges de coutures 1 cm partout ;
  • sauf coutures intérieure et extérieure : 2 cm ;
  • sauf enfourchure dos : marge de 2,5 à la taille allant s’amenuisant vers 1 cm en bas de l’enfourchure ;
  • poche côté : dépassant de 2 cm, commence à 2 cm du haut ;
  • cran de braguette à 9 cm du haut ;
  • crans aux revers, genou,et  à 15 cm sous la fourche ;
  • poche passepoilée dos : parallèle au haut du pantalon à 8,5 cm, à 5,5 cm de la fourche, L = 12,5 cm ;
  • passants de ceintures indiqués à : 9 et 12 cm du milieu devant ; 3,5 et 6,5 du côté dos ; 5,5 du milieu dos (10 passants au total).

 

C’est avec ce patron que j’ai réaliser une deuxième toile… qui a marché !Je n’ai eu qu’à retoucher un peu les coutures extérieures pour donner un peu plus de place aux cuisses.  Je suis donc passé au tissu juste après, tissu que vous connaissez peut-être si vous me lisez depuis un moment… sinon c’est ici !

 

copier pantalon patron

 

La première partie est terminée. Elle est déjà longue. La partie suivante s’annonce encore plus longue, puisqu’elle traitera du montage entier du pantalon, de l’entoilage à la boutonnière ! – d’ailleurs, si vous voulez en savoir plus sur les boutonnières, c’est par ici.

 

Je vous dis à bientôt, notamment pour connaître vos expériences et vos astuces en copie de vêtements…

A.

5 Réponses

  1. Bonjour,

    Tiens, on ne peux plus laisser de commentaires sur les autres articles que le dernier. Bon ben du coup, je vous écrit une fois pour deux articles, tant mieux!

    Concernant les boutonnières, l’avantage d’avoir une machine peu technologique (Bernina 1008), c’est qu’elle permet de faire une boutonnière avec milanaise. Par contre, ça ne résoud pas le problème des fils qui traînent.

    Concernant l’article sur le copiage de pantalon, c’est drôle parce que je suis arrivée à la technique du papier kraft et poinçon (enfin, épingle dans mon cas) par débrouille. Je pensais au contraire que c’était la façon la plus « sale » de recopier un patron mais si vous affirmez le contraire, je vous crois sur parole! Ledit pantalon n’est pas encore passé sous la machine à coudre, j’ai pas encore trouvé où acheter du fil Gütermann ou autre fil solide à Paris, le fils vendu chez Toto me semblant de piètre qualité.

    Si jamais, mes astuces pour rendre le décalquage sur kraft plus agréable, c’est de poser l’ouvrage sur mon lit: j’épingle la feuille au lit, l’habit par-dessus et je pique sur les coutures. C’est long et fastidieux mais un peu plus précis que le faire à main levée. Si vous avez une planche à repasser et que la jambe passe autour, c’est encore mieux mais je suis mal équipée de ce côté-là.

    Je me réjouis de lire vos prochains articles sur ces sujets qui me travaillent aussi.

    Bel été,
    Liseli

    • Augustin
      Bonjour
      J’ai regardé cette histoire de commentaires impossibles à écrire, mais je ne trouve pas… si le problème se reproduit dites-moi !
      Merci pour votre commentaire ! C’est certain qu’une machine permettant de faire les milanaises, c’est précieux… mais je me demande comment il est possible pour elle de la faire, puisqu’il faut faire un noeud en passant autour de la milanaise. Vous auriez un exemple à me montrer ? Et moi, je m’arrange pour faire l’article sur la milanaise…

      Alors pour moi, je ne pense pas que ce soit la meilleur manière de copier un pantalon, mais c’est pour le moment ce qui a donné les résultats les plus concluants.

      A bientôt !

      Un été passé à chanter n’est pas le mieux pour avancer sur les articles… hélas… une séance photos du pantalon copié et ce sera bon !

  2. P.S.: et désolée pour les fautes d’orthographe: « on ne peuT plus » et « je vous écriS », bien entendu!
  3. Francoise W.
    Bonjour Augustin,

    Le pantalon est une sorte de quête du saint graal qui a pris fin en ce qui me concerne : j’en ai raté tellement que j’ai fini par jeter l’éponge alors que Dieu sait si j’aime cette pièce de garde-robe – j’en ai une bonne quinzaine dans mon dressing. Je ne comprends pas cette construction, comment mettre du volume à certains endroits, comment en retirer à d’autres et je n’ai pas trouvé de livre convaincant pour m’aider dans cette quête du seyant parfait.

    Le seul qui m’a un peu éclairé c’est Julien Scavini dans un post qui comparait les coupes à l’ancienne et les coupes modernes (Petites considérations sur la coupe du pantalon sur Stiff-collar). D’ailleurs la différence entre les deux versions de patronage obtenues par la méthode traditionnelle et le clonage d’un pantalon actuel corrobore complément ces constatations. Très éclairant pour les hommes, moins pour les femmes.

    Malgré tout, quand cet article est paru, je me suis dit ´… tiens, peut-être recommencer en clonant un existant qui va bien… pour voir.’ Je me lancerai peut-être à la rentrée, on verra.
    J’attends les prochains épisodes du pantalon avec impatience, c’est toujours un immense plaisir de vous lire ! Bonne fin d’été et à bientôt !

    • Augustin
      Bonjour

      Oui, le pantalon, c’est vraiment une pièce compliquée à couper. Pour les hommes c’est déjà peu évident, pour les femmes, avec un bassin plus large par rapport à la taille, c’est je pense encore plus délicat. Je n’ai essayé que sur moi pour le moment, je refuse d’en faire pour d’autres car c’est trop hasardeux. Alors je cherche… pour le moment le clonage est presque la seule manière d’avoir satisfaction me concernant.

      Courage !

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