Les Boutonnières à la main, 1/3.

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Des boutonnières à la main… ou comment s’infliger une peine inutile ! diront certains. Je ne suis pas de cet avis. Les boutonnières à la main ont leurs avantages.

 

Donc, après avoir maintes fois parlé de ces fameuses boutonnières à la main, voici un article en trois parties pour parler :

  1. Pourquoi ça peut être bien de broder soi-même ses boutonnières, et parler du point spécifique utilisé.
  2. Vous montrer comment je brode une boutonnière classique en 3 étapes, et présenter le matériel.
  3. Visiter deux cas un peu particuliers : la boutonnière sur une chemise, et la boutonnière avec milanaise.

 

Inévitables boutonnières.

Les boutonnières se trouvent sur la plupart des vêtements dits « habillés », en tout cas masculins. Manteaux, gilets, chemises, pantalons, vestes, à chaque habit sa dose de boutons. Et donc de boutonnières.

Rappelons des évidences grâce au Larousse.

Boutonnière : Petite fente pratiquée dans un tissu ou ménagée dans un tricot pour laisser passer un bouton.

Ce qui est amusant, c’est que l’on trouve aussi comme définition de boutonnière une petite incision étroite que l’on fait dans les tissus mous lors d’une opération chirurgicale, généralement dans le périnée (brrrrr…), et qu’en argot c’est un mot qui désigne une blessure au couteau.

Pour en rester à la couture : cette fente que l’on pratique – de manière quasi chirurgicale il est vrai – fragilise la matière, et pour empêcher celle-ci de s’effilocher ou de se déchirer, on brode tout autour pour consolider l’ouverture ainsi créée.

 

Il y a deux manières de faire les boutonnières :

– à la machine grâce à un point spécial qui ressemble à un zig-zag très étroit et serré, aussi appelé point satin ou point bourdon. La boutonnière est cousue aux dimensions désirées et le tissu est ensuite fendu au milieu. Certaines machines proposent une jolie collection de boutonnières possibles.

 

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– à la main grâce à un point spécial également. Par contre le tissu est d’abord fendu sur la longueur désirée et le point ensuite appliqué (brodé) tout autour.

Il y a aussi une manière de « faire faire » les boutonnières, en emportant votre pièce et les boutons prévus chez un spécialiste, comme chez Mireille boutonnière dans le 2e arrondissement de Paris. Mais à 50 cts la boutonnière classique et à 14 boutons par chemise, ça augmente significativement le prix de votre pièce. Répondez-moi que 14 boutons par x minutes, ça augmente significativement le temps passé sur votre chemise et que le temps c’est de l’argent, et je n’aurai rien à répondre, à part : faites votre choix !

 

Alors pourquoi broder une boutonnière à la main ?

Certainement pas pour gagner du temps. Si votre machine est équipée d’un point de boutonnière 1 temps, elle vous coud la boutonnière que vous lui demandez en 20 secondes, et vous pouvez même siroter un café en la regardant faire, puisque vous n’avez qu’à appuyer sur la pédale. Broder à la main une boutonnière de chemise me prend plusieurs minutes (aux derniers chronos j’étais à 8′, mais je devrais réessayer). Un tailleur sur une vidéo que j’ai aperçue récemment coud une boutonnière de veste avec milanaise en 7’30 ». Je suis sûr qu’on peut aller plus vite que moi, mais ça vous donne un ordre d’idée quand même. (On ne peut pas broder de boutonnière avec milanaise à la machine…)

J’ai commencé à broder mes boutonnières à la main quand ma machine n’a pas pu le faire sur un manteau un peu épais. J’ai alors dû apprendre le point de boutonnière, passer un moment à le pratiquer, et puis j’ai fait ma boutonnière. Pas parfaite mais une boutonnière quand-même. Et j’étais content de ce petit détail de finition main.

Une boutonnière brodée possède un certain charme. Elle est faite de la manière la plus régulière possible mais en y regardant de près on détectera quelques irrégularités. Elle ne ressemble pas exactement à la boutonnière machine d’ailleurs, puisque le point de boutonnière, dont je parle juste après, n’est pas celui qui est fait par la machine. Il est plus aéré, et laisse dans la fente un petit dessin – les « noeuds » que fait le point.

 

Il y a une question de goût sûrement, et il y a quelques raisons plus « terre à terre » aussi pour souhaiter faire ses boutonnières à la main :

  • La boutonnière à la main est parfois la seule option possible quand, je l’ai dit plus haut, on arrive aux limites de la technologie de sa machine à coudre (tissu épais notamment).
  • De par son procédé de réalisation, une boutonnière à la main sera plus solide qu’une boutonnière – à condition qu’elle soit faite correctement – à la machine car on consolide toutes les épaisseurs ensemble par un bâti puis à chaque point on reprend toutes les épaisseurs ensemble.
  • Un inconvénient de la boutonnière machine est je trouve le suivant : quand on fend le tissu une fois la boutonnière piquée, on fend entre deux fils, pour faire schématique, mais à l’intérieur de la boutonnière restent pris certains fils qui peuvent parfois s’accrocher lors du passage des boutons. Cela m’arrive régulièrement sur l’une de mes chemise dont les boutonnières sont faites à la machine et c’est assez désagréable, d’autant plus que le fil qui est accroché – et donc étiré – est souvent un fil de chaîne du bord devant et que ce petit accident tire sur toute la chemise. On peut alors vouloir enlever un à un tous les fils à l’intérieur de la boutonnière mais dans ce cas ça prend déjà plus de temps. Il n’y a pas ce problème avec la boutonnière à la main puisqu’on brode directement l’ouverture : peu de risques de laisser des fils au centre a priori.
  • Un cordon solide appelé milanaise peut être inséré pendant que l’on coud la boutonnière, notamment sur les vestes et les tailleurs, ou sur des manteaux. La milanaise donne du relief à la boutonnière et la met en valeur d’une très jolie manière. J’en parlerai un peu plus tard…

 

Le Point de boutonnière.

Ma question après avoir regardé ici et là est : n’y a-t-il pas plusieurs points de boutonnière ? En tout cas il y a plusieurs façon de broder une boutonnière, dans le sens des aiguilles d’une montre, dans le sens contraire, en passant le fil autour de l’aiguille, ou l’aiguille à l’intérieur d’une boucle, bref, diverses manières.

L’idée principale est la suivante, en images :

  1. Piquer dans le tissu, de l’envers vers l’endroit, à quelques millimètres du bord.
  2. Repiquer juste à côté à gauche, toujours de l’envers vers l’endroit, et ne pas tirer le fil complètement.
  3. Passer l’aiguille dans la boucle restante, vers soi.
  4. Rien ne sert de trop serrer le nœud à chaque fois, c’est surtout l’égalité avec laquelle on tire sur le fil à chaque fois qui donne un bel aspect.

Le point de boutonnière est parfois confondu avec le point de feston :

Résultat de recherche d'images pour "point de feston"

Il est aussi confondu avec le point de surjet :

Résultat de recherche d'images pour "point de surjet"

 

Cependant ces deux points ne font pas vraiment de nœud, et sont moins complexes. Ils ont moins de relief que le point de boutonnière, et auront un rendu moins joli, pour une solidité également moindre.

 

J’espère que cette présentation vous donne envie de commencer vos boutonnières à la main ! jetez vous sur les articles que vous trouverez, ou retrouvons-nous bientôt pour mettre les mains dans le tissu… L’été étant là, les billets devraient se faire plus fréquents !

 

A.