Prêt-à-porter : Rejet et Inspiration.

Classé dans : Le blog d'Augustin | 8

Bonjour à toutes et à tous !

 

Je voudrais discuter un peu avec vous de prêt-à-porter, que j’abrège souvent par PAP. Quand on se met à coudre ses propres habits, on y trouve plein d’avantages bien réels, dont quelques uns sont :

  • avoir des habits uniques, originaux tant du point de vue du style que des matériaux…
  • avoir des habits auxquels on tient particulièrement,
  • avoir des habits mieux adaptés à sa propre morphologie.

Aussi, il m’arrive de lire des critiques plus ou moins directes du PAP sur la blogosphère. Parallèlement pourtant, la lecture du blog de Kathleen Fasanella, Fashion Incubator, ou la formation que j’ai reçue cette année par des instructeurs de la Ville de Paris issus de l’industrie du prêt-à-porter m’interrogent. Et je crois qu’il faut quand même essayer de démêler un peu un certain nombre de notions qui sont parfois amalgamées rapidement.

 

Le Prêt-à-Porter : une Economie effrayante.

Le PAP à porter est partout, chez tout le ponde, tout le temps. Le PAP dont je parlerai n’est évidemment pas Chanel, Dior et Gucci, quoique le luxe ne brille pas forcément par son altruisme dans la confection… Le prêt-à-porter d’aujourd’hui, c’est l’abordable : Zara, Celio, Gap, C&A, et l’emblème ultime : H&M, pour n’en citer que quelques uns. La prolifération des marques ne semble pas s’arrêter, les prix deviennent très compétitifs, entre un jean à 15E et un trench à 50E, un T-shirt à 5E et un pull à 20E, on se trouve dans ce que la plupart des gens achète « en temps normal » (je ne parle pas de l’épisode de folie durant lequel votre CB manque de vous électrocuter à la caisse à cause DU manteau en cuir que vous idolâtrez depuis 3 ans ou autre évènement du genre).

Quand on sait que H&M fait en moyenne 20 000 000 000 € de bénéfices par an en vendant seulement des articles à si bas coût, ça fait réfléchir, non ?

 

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J’ai récemment regardé le film The True Cost, qui pendant une bonne heure décrit les divers impacts de l’économie du PAP dans le monde. J’en suis ressorti complètement bouleversé et j’aurai l’occasion d’en reparler prochainement, j’espère. Je précise juste que c’est bientôt la semaine anniversaire de l’effondrement du Rana Plaza (24 avril 2013) et qu’à cette occasion, plusieurs mouvements pour responsabiliser les fabricants de vêtements se mobilisent. Si vous voulez en savoir plus je vous propose de suivre le lien.

Même si on ne le sait pas encore assez, nous savons quand même un peu que l’industrie du PAP « rapide » que nous connaissons chez nous n’est pas viable.

  • Exploitation d’une matière première modifiée elle-même : le coton est plein de pesticides, des gens meurent à le travailler.
  • Exploitation d’un sol fatigué, lui aussi chimiquement modifié, rendu stérile et dépendant des produits créés par l’homme, dont de grosses sociétés américaines qui commencent par Mon et terminent par santo, vous me suivez ?
  • Exploitation humaine, des femmes et des enfants, surtout.
  • Economie qui n’apporte aucune richesse au consommateur : quand j’achète un T-shirt chez H&M, j’en fais acquisition ou je le consomme ? il durera 1 an… donc au final je ne suis pas plus « riche » qu’avant.
  • Création de déchets quasi impossibles à évacuer… il est dit dans le film que le volume de vêtements jetés pendant un an par les Anglais remplirait leur stade de Wembley…

 

prêt-à-porter déchets
(ce n’est pas « moi » sur la photo ;))

 

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Nombreux sont les couturières et couturiers amateurs, et j’en fais partie, qui sont heureux de travailler une matière à échelle humaine, de la transformer pendant des heures, pour obtenir un habit dont la valeur ajoutée à celle propre de la matière et de la transformation est la considération que l’on a automatiquement pour cette pièce. On ne s’en défera pas si facilement, et par là-même on s’inscrit dans une durée et une responsabilisation par rapport à ce qu’on porte.

Personnellement, je n’ai pas acheté dans un magasin de prêt-à-porter depuis… je ne sais même plus ! et j’en suis très content. Soit je couds, soit je vais dans des friperies, très heureux de ne pas alimenter une économie qui se veut toujours plus consumériste. Et si je conçois tout à fait que coudre ne puisse pas être le dada de tous, il est néanmoins certain pour moi que nous avons fort à penser sur la manière de faire marcher les mains de nos voisins pour nous vêtir.

Le Prêt-à-Porter ne me va pas.

Autre gros problème, qui lui concerne une bonne partie de la population : il ne convient pas à ma silhouette qui est trop élancée ou au contraire trop râblée, ou j’ai les bras trop longs, ou je n’ai aucun fessier… là encore, on peut ne pas être satisfait. La raison est moins philosophique et on ne se bat plus pour la grande cause mais pour sa cause propre. Ouais ! eh bien cause ou pas cause, il n’empêche que quand je mets un pantalon et qu’on dirait que mes fesses vont le faire exploser, il y a franchement de quoi se sentir mal à l’aise. On ne peut guère penser à sauver la planète à ces moments-là…

 

prêt-à-porter jean

 

Le Prêt-à-Porter : un exemple de confection.

Il y a en revanche un point sur lequel personne ne s’attarde assez, je trouve, c’est pourtant là le point fort du prêt-à-porter, et c’est là souvent notre point faible à nous les amateurs : c’est la confection du vêtement. En éliminant quelques marques vraiment très bas de gamme, on doit quand même reconnaître ça à l’industrie : c’est nickel !

Bien sûr, les fabricants disposent d’une armada humaine et technologique. Des stylistes et modélistes qualifiés, des techniciens aguerris, spécialisés dans une tâche (col, manches, surpiqûres, poches…), des machines industrielles ultra performantes, des tonnes de matières différentes pour essayer des prototypes, des presses, etc, etc…

 

 

Se servir du Prêt-à-porter.

On ne peut pas prétendre à égaler autant de moyens. On peut néanmoins s’en inspirer. Et il y a une chose que je trouve extrêmement précieuse dans le PAP : c’est la rigueur accordée à tout le processus. Organisation des étapes. Hiérarchisation des tâches. Vérification systématique. Archivage des processus. Franchement, si vous aimez l’anglais, allez consulter le blog Fashion Incubator. C’est très éloquent.

En tant que couturiers amateurs, nous avons à gérer tous les paramètres de notre « produit », et en cela c’est déjà un travail énorme. Mais souvent nous nous compliquons encore la tâche avec des techniques inappropriées, des patrons qui ne sont pas bien réglés, qui donnent des problèmes de coupe et donc des problèmes d’assemblage… ce qui a pour effet de nous faire perdre du temps, et surtout du plaisir !

 

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Celles et ceux qui me lisent depuis un moment savent que j’aime aller chercher des fripes pour les dépecer pas à pas, afin de comprendre comment elles sont faites. Je choisis en général des vêtements de qualité, mais pas toujours (cf la chemise qui m’a servi à écrire un tuto de montage en 4 parties). Il n’empêche que ces vêtements que nous portons, que nous achetons, ont aspect fini, lisse : pro. Et si l’on regarde à l’intérieur, on se rend compte que ce n’est pas toujours ce qui est marqué dans nos livres…

 

Une culture de l’anticipation.

Il est faux de croire que le prêt-à-porter, c’est rapide et qu’il y a plein de raccourcis dans le montage. Il y a plus d’étapes, même. C’est bien fait. Mais c’est surtout pensé du début à la fin. Pour monter une plaquette de manche sur une chemise, une fois que le patronage est bien fait, une fois que l’outil pour plier et former la patte de manche est créé, ça me prend 5 minutes. Avant cela, cela me prenait au moins 15, je ne plaisante pas. Au-delà du temps passé en plus et de mes doigts brûlés à essayer de maintenir les pliures moi-même, il y a la qualité, qui est moindre au final.

Sur cet exemple de patte de boutonnage de chemise, le processus est assez évident :

  • observation de l’objet (découdre une chemise) ;
  • analyse du montage et établissement du processus de montage ;
  • réalisation des patronages patte et sous-patte ;
  • réalisation des « formeurs » de patte et sous-patte, outils qui me permettent de plier la patte au fer en un min. de temps

Ces 4 étapes ne se verront pas sur la chemise : jusque là je n’ai même pas coupé le tissu. Elles sont préparatoires à la réalisation de toutes les pattes que je vais avoir à faire par la suite et font donc partie de mon anticipation de l’étape.

Regardons nos créations, chérissons-les, mais n’ayons pas peur de les comparer à leurs copines du prêt-à-porter, pour voir et apprendre ce qui pourrait être mieux la fois d’après, au niveau du patronage peut-être ? au niveau de la coupe ? de l’entoilage ? de l’assemblage ?

 

prêt-à-porter exemple

 

 

Je Couds du Sur-Mesure ?

J’en suis de moins en moins sûr. Mais ce n’est peut-être qu’une période. En fait, je tâchais il y a quelques temps de prendre des mesures et de faire correspondre à ces mesures les patrons que j’achetais ou que je réalisais. Cela marchait plus ou moins bien. Je l’ai fait plusieurs fois, pour finir par me rendre compte de l’immensité du savoir et de la compréhension du corps à acquérir pour pouvoir être vraiment à l’aise dans ce type d’exercice. Je discutais par ailleurs avec la formatrice que j’ai actuellement en cours à la Mairie de Paris et qui me disait que les cours dits « Sur-Mesure » sont bien plus prisés que les cours de prêt-à-porter. Paradoxalement ces cours sont généralement moins intensifs (3h hebdo contre 6 pour le PAP) et rencontrent un très fort taux d’abandon durant l’année…

Bref, il est peut-être illusoire de vouloir, à notre niveau, faire du Sur-Mesure véritable, sans songer à une formation sérieuse et longue. Et je pense qu’en amont de cela, il est bon de s’intéresser aux informations qu’offre le PAP sur la manière dont fonctionne un vêtement. Je crois que vraiment bien exécuté, cela paraîtra toujours mieux sur la personne qu’une pièce sur mesure mal exécutée.

Comme je le disais rapidement lors de mon précédent article concernant le livre Patternmaking For Menswear, on peut construire un patronage à partir des mesures de bases du PAP. Quand on souhaite ensuite remplacer ces mesures par d’autres, plus personnelles, c’est déjà un pas de plus vers une adaptation à chacun, même si ce n’est pas encore à proprement parler du sur-mesure. On a déjà compris la manière dont fonctionne le patron et ce n’est déjà pas si mal…

 

A vous !

J’ai écrit cet article rapidement, car cela fait longtemps que j’y pense. Je crois que dans le PAP il est très important que nous distinguions la notion d’économie vorace et meurtrière, que nous devrions stopper, de la notion de stratégie marketing globale pas forcément adaptée à notre morphologie, de la notion de confection qui elle peut et, j’en suis sûr, devrait nous inspirer dans notre manière de coudre.

Ce qui m’importe maintenant c’est de récolter vos avis car chacun possède sa propre expérience, non ?

 

prêt-à-porter présentation

Je vous souhaite beaucoup de plaisir à coudre et vous dis à bientôt.

A.

 

8 Réponses

  1. Encore une fois, après ton article sur les MAC pro, je partage ta réflexion sur le PAP, et ça fait du bien de ne pas être seule ! La durabilité du vêtement est une question urgente à régler, comme la nourriture et les énergies : ce sont trois postes de dépenses principaux des ménages, et ils doivent être écolo si nous voulons vivre encore un peu sur cette planète.
    J’ajouterais que nous devons, nous aussi, amateur.trices de couture, nous questionner sur nos achats de tissus. En effet, nous avons tous acheté des tissus à 3e le mètre, pour nous faire la main, parce que le budget est serré… mais dans quelles conditions sont fabriqués ces tissus ? Et ils ont, eux aussi, traversé la planète pour arriver sous notre pied de biche.
    Je mange bio, et c’est une dépense que j’assume avant tout, en sacrifiant mes vacances et même les loisirs des enfants. Cependant, je n’achète pas encore mes tissus bio, et pourtant il le faudrait pour s’inscrire totalement dans cette démarche de durabilité du vêtement cousu main.
    • Augustin
      Chère ,

      Je te remercie pour ton commentaire et pour ton ouverture du débat. Oui, c’est très vrai, si nous nous positionnons en tant que couturiers contre la consommation de textile, encore faut-il commencer à interroger la provenance de notre matière première.
      Et quand on lit également régulièrement des articles sur la gestion des chutes de tissus, je pense que cela révèle que nous nous sentons responsables des déchets que nous produisons. Là encore, peut-être qu’anticiper la production – même à notre échelle individuelle on peut appeler cela production – nous permettrait de moins gaspiller : acheter un peu plus de tissu pour économiser sur la coupe et faire deux exemplaires au lieu d’un par exemple ? trouver la meilleure répartition possibles des morceaux avant la coupe, avant d’acheter le tissu, ce qui nous évite d’acheter 1,60m quand on n’a besoin d’1,40m. Ce n’est pas de l’avarice, c’est de se responsabiliser sur nos besoins.
      Les industries textiles, si ancrées en France par le passé et notamment à Lyon, ont déserté. On ne peut que se désoler une fois de plus !

  2. Noëlle Adam
    Comme toi j’aime disséquer des vêtements…Pour recycler le tissu parfois et retrouver une coupe qui par miracle, m’allait , mais aussi par curiosité de voir comment c’est monté. Mais 100% autodidacte, je n’ai pas forcément la capacité à comprendre les gestes associés. Quand je « clone » un vêtement le plus dur c’est bien de trouver une méthode de montage qui ne bloque pas à un moment donné ! Le sur-mesure, vu ma morphologie c’est vraiment ça qui m’interesse. Quand j’ai fini d’adapter un patron « standard » plus ou moins bien à ma personne qui ne l’es pas du tout, en jonglant entre 4 tailles différentes en largeur et une hauteur minimale je suis sur les genoux, j’en ai marre, et la place de la création personnelle disparait. Quand j’avais mon patron de base (même pas fabriqué avec méthode, juste relévé sur une robe 3 trous qui était parfaite) je pouvait tout en dériver. En PAP je suis etonnée de la qualité globale de certains vêtements de travail, qui sont solides, durables, bien finis…Et ne coûtent pas très cher pour autant. Mais les T-shirts courants sont d’une matière à vomir, mous, fins, déformables et qui sortent de leur premier lavage en criant « jette moi, je suis foutu, je n’en peux plus ». En prime, si on est un peu pudique, le tissu n’est pas opaque et chacun peut considérer (avec interêt ou pas) les détails des dessous. Depuis des années je n’achète plus qu’en recyclerie ou vide-grenier les vêtements que je ne couds pas.
    J’ai beaucoup admiré ton adaptation de manteau, c’est largement aussi compliqué (ou plus) à mes yeux que de faire à partir de rien. Le résultat est tout simplement élégant.
    Ce qui est drôle c’est que pas du tout classique et même franchement fantaisiste, je tombe en extase devant les détails des vêtements de tailleurs. Je rêve de transformer une veste de garçon, en tweed (1 € à Emmaus) en veste pour moi en gardant tout ce bazar de poches interieures, de structure, de fentes . Ça va commencer par beaucoup d’observation découd-vite à la main, comme toi, mais pas trop vite : il ne faut pas disséquer, juste opérer.
    • Augustin
      Bonjour !
      C’est amusant, ta réflexion fait écho à une expérience de « dissection » que je viens de vivre avec une jupe droite, doublée, avec pli-fente sur le dos : je l’ai décousue, admirer la qualité et la propreté de l’assemblage, et au moment de refaire… patatras impossible ! Je m’aide beaucoup de croquis pour fixer les choses au fur et à mesure que je découds, mais là je suis allé trop vite, je le crains. Quand on fait cet exercice, je trouve que c’est très formateur même si assez laborieux parce qu’on n’est complètement dans la 3D, livré à toutes les bizarreries que demande parfois le montage (l’assemblage de la doublure sur le pli-fente, c’est tout sauf intuitif !), mais je crois que si l’on arrive à se saisir de cette manière de penser sur un vêtement on l’a vraiment mieux compris par la suite, alors qu’en passant par un patron on peut rapidement tomber dans la passivité « c’est marqué ça, je fais ça », et ainsi de suite.
      Je ne cesse de lire des livres de modélisme, parce que comme toi je rêve de cette autonomie qui pourrait être donnée de couper en rapport direct avec nos propres courbes ou celles de notre prochain.e. Si tu aimes l’anglais, je te conseille vivement « How Patterns Work » que j’ai récemment découvert et qui est d’une très grande clarté en même temps que d’une approche très simple quoique technique. J’en ferai bientôt un résumé.
      Enfin, pour les t-shirts, le mot de Cambronne me chatouille les lèvres très souvent en en voyant car nombre d’entre eux ne sont même pas coupés dans le droit fil, twistent et perdent 50% de leur poids au premier lavage (et où vont toutes ces fibres ?) ainsi que tu le soulignes, et pour moi ne devraient même pas avoir l’appellation de « vêtement ».
      Bon courage pour cette veste en tweed (ah les vestes en tweed, j’en suis amoureux !) et donne-moi des nouvelles si tu as le temps !
      A.
  3. Christiane Quidet
    Bonjour, comment ne pas être d’accord avec Augustin et tous vos commentaires. Comme Noëlle je suis autoditacte à 100%.
    Je fais mes patrons sur mesures. Le livre de Line jaque pas facile et qui mériterais d’être rééditer en 3 grands volumes bien qu’indigeste par sa présentation est une bible du sur mesure. J’aurais aimer pouvoir acheter tous ces livres dont il est question au fil des post mais malheureusement je suis nulle en anglais. Si vous avez connaissance le livres sur la couture traduits en français n’hésitez pas à m’en faire part.
    J’ai des vêtements qui ont 30 ans. D’autres que j’ai transformés. Je commande malgré tout toujours un peu plus de tissu, cela bien servi pour ma première chemise. Et puis il y a les petits enfants et arrières petits-enfants rien ne se perd. J’ai fais un jean pour un enfant de 4 ans dans un jean de mon mari qu’il ne pouvait plus mettre. Je récupère les boutons et si possible les fermetures éclairs. J’évite de me faire des vêtements qui ne se lavent pas. Je me suis fait une veste avec un grand plaid en cachemire dont les bords ont été rognés par un jeune chien. Elle est entièrement brodée mains au feutre à l’aiguille elle passe à la machine au programme laine.
    Ce que je déplore c’est l’absence de mercerie à part dans les grandes villes, je suis obligée de passer par le net. Je suis dans un petit village et je n’ai encore trouvé personne qui partage ma passion pour la couture, je la partage sur le net.
    Je me suis inscrite sur le forum des fées tisseuses et j’y trouve toujours mon bonheur.
    Bien cordialement
    Christiane
    • Augustin
      Il faut absolument que je regarde ce livre de Line Jaque, cela fait trop longtemps que j’en entend parler !
      Notre activité de couturiers.ères, il n’y a pas le choix, il faut qu’on la partage, la fasse aimer ! Si les merceries ont déserté les villes petites et moyennes, si le tissu n’est plus vendu aussi facilement qu’avant, c’est avant tout parce que les gens ont arrêté de coudre. Pas de demande, peu à peu plus d’offre. Mais je crois – je suis peut-être naïf – que nous remontons la pente. Il faudra néanmoins attendre un moment, surtout dans un contexte économique fragile, avant que l’industrie ne suive. A notre échelle, nous montrons notre intérêt, notre passion pour cette activité, nous voulons montrer que ce n’est pas impossible, que c’est source de joie et de satisfaction personnelle à celles et ceux qui sont encore dubitatifs plus par timidité que par manque d’intérêt.
      Si coudre revient dans les habitudes, non pas pour que nous soyons des virtuoses mais des gens bien aux prises avec la réalité (ben oui s’habiller, c’est une réalité que nous rencontrons souvent ;)), je ne vois pas pourquoi l’industrie qui gravite autour de cela ne suivrait pas.
      Donc je vous remercie Christiane, pour votre activité, pour faire vivre la passion de coudre ici ou chez les Fées Tisseuses – un très beau site -, ou encore ailleurs : on ne fait pas naître des vocations autrement !
      Bonne soirée
  4. Françoise L.
    Bonjour à toutes et tous,
    Le post et vos commentaires à toutes posent vraiment les bonnes questions : pourquoi cousons-nous ? est-ce rentable ? faut-il tout jeter du PAP ? en tant que couturières/couturiers, n’avons-nous pas des comportement de consommation compulsive (de tissus, de patrons, de fournitures…) ?
    A mon sens, il y a au moins 3 ou 4 catégories de PAP : la ‘fast-fashion’ (la mode qui va vite, H&M, Zara, Etam,Celio…), massivement fabriquée dans des pays à bas cout dans des conditions honteuses la plupart du temps, les chaines de PAP intermédiaire (Caroll, 123, Appart, Cos la marque ‘haut de gamme’ de H&M…) fabriqué en Europe de l’est, en Tunisie, au Maroc et payé à la pièce et parfois un peu en France ou en Italie (ça revient), le PAP dit ‘de luxe abordable’ (Koople, Sandro, Pablo, Darel, Les Petites…) fabriqué dans les même filière que le PAP des chaines intermédiaires.
    Au-dessus de tout ça, le PAP de luxe (les lignes des grands couturiers, Zappa, Hugo Boss…) fabriqué un peu partout dans le monde sans plus de précision, à la pièce la plupart du temps, avec des designs et des matières haut de gamme mais pas toujours.
    Enfin, il y a quelques marques plus engagées, plus confidentielles mais qui font un vrai travail de sourcing des matières et des fabriquants : Des petits hauts, Agnes B, Armor Lux…
    La fast-fashion, c’est un peu comme les bonbons Haribo : c’est clinquant, c’est attirant, mais tu en manges une poignée et tu ressens une sorte de vide qui t’oblige à en reprendre. Personnellement, j’évite comme la peste.
    Le PAP de luxe, je n’ai pas les moyens, mais il m’arrive d’aller observer dans les grands magasins ou les boutiques de seconde main, comment sont faites les pièces, et c’est toujours intéressant, parce qu’il y a de la technique et de la belle réalisation. Juste inabordable…
    Entre les 2, il y a le PAP ‘alimentaire’, celui que j’achète pour aller au bureau : je recherche les bonnes coupes, les tissus qui se tiennent, les finitions au cordeau, donc plutôt dans le PAP intermédiaire ou dans les marques ‘engagées’. Evidemment, je fais retoucher toutes mes acquisitions par le tailleur de mon quartier qui a travaillé pour le PAP de luxe à Paris. Il est très fort sur les vestes et les pantalons et je ne suis pas à son niveau d’expertise. Alors je préfère laisser faire le spécialiste.
    Et puis, je couds pour le plaisir : les petits chemisiers avec des tissus originaux de préférence en soie, la veste avec une coupe jamais vue dans le commerce et montée comme dans le PAP de Luxe (ajustage sur moi, pas d’entoilage thermocollant, doublure en soie, boutonnières à la main – des mois de travail) et quelques robes parce que je trouve très rarement dans le commerce des modèles qui m’aillent vraiment ou qui soient dans des matières un peu exceptionnelles (crêpe de laine, soie, lin de qualité…).
    Pour celles et ceux qui veulent s’initier aux techniques de la ‘couture’ comme disent les américains, en fait du prêt à porter de luxe, je vous conseille les livres et les DVD de Claire Shaeffer. Même quand on ne maitrise pas bien l’anglais, les vidéos expliquent en pas à pas, démonstrations à l’appui des techniques tout à fait intéressantes pour coudre des pièces iconiques (le tailleur Chanel entre autres) et qui sont tout à fait réutilisables pour d’autres projets (collection ‘Couture Sewing’). Car même en démontant le vêtement, il est parfois compliqué de comprendre l’ordre de montage ou les techniques mises en œuvre.
    Un autre livre de ma bibliothèque : Les techniques de finitions haute-couture, de Lynda Maynard. Dans ce livre, j’ai découvert comment faire de l’effet avec une doublure, mais pas n’importe quelle doublure : flanelle, soie, organza…En fonction du tissus de dessus et de dessous, on obtient une tenue plus ou moins structurée ou douce. Génial !

    En conclusion : tout n’est pas à jeter dans le PAP, bien sûr, car dans le moyen et le haut de gamme, les techniques sont souvent intéressantes à bien des points de vue, de même que les choix de matières. Evidemment, si vous avez un physique non standard, il faudra réajuster…
    Et dans la couture maison, tout n’est pas à prendre non plus : on a le droit d’être critique et ne pas se jeter sur le dernier patron ‘indé’ à la mode au sein de la blogosphère. Là aussi, il faut rester vigilant et être un consommateur responsable !

    • Augustin
      Bonjour Françoise,
      Merci pour votre commentaire, extrêmement précis et détaillé comme à chaque fois que nous correspondons !
      Vous posez la question très juste de notre propre consommation à l’intérieur d’une activité qui se veut moins consumériste : la couture. Exact, pourquoi serions-nous à l’abri de pulsions d’achats nous-mêmes ?
      Vous faites bien de le rappeler, des enseignes comme Agnès B. ont largement oeuvré pour garantir une production humaine et d’ailleurs un article est récemment paru dans Le Monde sur la créatrice : http://www.lemonde.fr/m-mode/article/2017/04/09/agnes-b-avoir-la-foi-et-etre-de-gauche-est-absolument-coherent_5108358_4497335.html
      Pour ce qui est de la stratégie du PAP, il ne fait pas de doute qu’il y a une hiérarchie dans les marques puisque les cibles sont différentes. En revanche, quand on apprend qu’une veste de costume « luxueuse » coûte 30E de main-d’oeuvre en Roumanie (et qu’on ne désespère pas de l’avoir pour moins chère l’an prochain) alors qu’elle sera vendue sans vergogne 599E dans une grande capitale quelques semaines plus tard, cela me fait dire que les proportions répartition des bénéfices sur les acteurs de la production/bénéfices de l’entreprise respectent quand même le même ratio…
      Je me rappelle du livre de Lynda Maynard, que j’ai eu entre les mains plusieurs fois, et notamment de ces doubles pages très explicites sur l’influence des doublures sur le tissu principal. Très intéressant. Mis à part le livre énorme (et bien pratique parfois) de Claire B. Shaeffer sur les tissus, je n’ai pas encore acheté ses ouvrages, mais je me rappelle que vous m’en aviez parlé, et ils se trouvent sur ma liste anniversaire/Noël/Fête/Faites moi plaisir !
      Merci encore pour votre message, et à très bientôt !
      A.

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