La Pickstitch, joli point de finition.

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Bonjour à toutes et à tous,

Je termine un gilet, ce qui me donne l’occasion de vous parler de la pickstitch, un point très discret et très utilisé pour faire les finitions de pas mal de vêtements.

 

Pick stitch couture à la main gilet

 

On peut s’en servir pour :

  • assembler deux tissus ensemble : doublure à parementure de manteau, par exemple.
  • surpiquer de manière quasiment invisible (ce que je fais aujourd’hui).
  • surpiquer de manière décorative.
  • assembler un morceau de tissu sur un autre (lettres, éléphants roses…).
  • et que sais-je encore ?

 

I Pick, you pick, he/she picks…

 

To pick, en anglais, se traduit par plusieurs verbes en français :

  • piquer
  • cueillir
  • voler
  • choisir
  • et d’autres plus éloignés à mon sens tels que gratter, creuser, écorcher, ou se mettre dans le nez (ce que je déconseille fortement avec une aiguille n°9…)

La pickstitch est parfois aussi appelée prickstitch (cette variante semble moins usitée : est-ce parce que prick, quand il ne veut pas dire « piqûre », devient un mot assez grossier bien loin du monde délicat de la couture ? ça m’amuse de penser cela, et si vous voulez savoir ce que prick veut dire, allez sur ce lien… !)

Mais pour en revenir à notre pickstitch, eh bien elle est comme sont nom l’indique, un point dans lequel on cueille/vole/pique/choisit quelques fils à chaque fois que l’on avance. Discret et efficace.

 

Le Point.

La pickstitch suit le même chemin que le point arrière, mais quand on repique vers l’arrière, on place l’aiguille juste à droite (1 ou 2 mm) de là où elle est ressortie, de sorte que l’on obtient à la fin une série de petits points au sens littéral du terme, très réguliers.

Première vidéo de l’atelier, j’espère que ce sera assez clair pour vous.

 

 

 

Un Point qui se coud avec les deux mains.

Sur l’envers, me direz-vous, on va se retrouver avec quelque chose de beaucoup moins joli. Quand vous assemblez à la main une doublure à une parementure, vous n’en avez rien à faire puisque l’envers ne sera pas visible une fois la pièce terminée, mais si vous vous servez de ce point pour affiner les bords d’un revers de veste par exemple, là c’est autre chose.

Fort heureusement, nous avons un sens du touché, et un doigt précieux : notre index gauche ! je parle pour les droitiers, mais les gauchers ont juste à inverser. Bref, une de vos mains tient l’aiguille, et l’autre se place sous le tissu à piquer, et peut ainsi contrôler si votre aiguille est toujours dans le tissu, ou à la limite de ressortir, ou sortie un peu, ou même complètement, etc. C’est un formidable outil sensoriel et on aurait tort de s’en passer ! Comme vous n’êtes pas obligés de me croire sur parole, lisez plutôt l’article du jeune et qualifié tailleur Jeffery Diduch sur son blog Tuttofattoamano en lien ici. Il a eu le malheur de se blesser gravement à la main gauche et fait part dans cet article de son désarroi quand il constata qu’il ne pouvait plus compter sur cette main comme d’un indicateur. Je vous traduis le passage principal ici :

 

« Though I hold the needle with my right hand, it is my left hand that holds the cloth and controls the depth of stitches. When pad stitching, blind stitching, making buttonholes, etc. you can’t see what is going on underneath so you rely on your finger tips to tell you if you have pierced the cloth far enough, or if you have gone too far. »

 

Pendant que je tiens l’aiguille avec ma main droite, c’est ma main gauche qui tient le vêtement et contrôle la profondeur des points. Quand on réalise un point de chevron, un point d’ourlet, une boutonnière, etc. on ne peut pas voir ce qui se passe en-dessous, donc le bout des doigts prend le relais et vous informe si vous avez piqué le tissu assez loin, ou si vous êtes allé trop loin.

 

La Pickstitch en situation.

Voici le bord de mon gilet avant que je ne réalise le point. Les bords sont finis, je me suis arrangé pour qu’on ne voit pas trop la couture sur l’endroit du devant. Je peux le laisser comme cela. Ou je peux aussi surpiquer à la machine. Mais la laine est assez fine, ce qui pour moi exclut la première option : je veux le rendu le plus fin possible. Et pour ce qui est de la deuxième option, je l’ai fait une fois et n’en suis pas content du tout, car sur une pièce aussi simple qu’un gilet je trouve que c’est rajouter beaucoup de lourdeur que de piquer à la machine.

 

gilet surpiqûre pickstitch

 

Donc je surpique avec ce point à la main pour gagner de la finesse tout en gardant la sobriété. Le fil est choisi dans le ton du tissu et le point sera quasiment invisible au final.

Voyez plutôt ci-dessous, où j’ai appliqué le point à droite, mais pas encore à gauche. Pour le moment la pickstitch est assez marquée car je n’ai pas encore repassé, mais on peut observer la netteté que cela donne à la ligne d’encolure.

 

gilet surpiqûre pickstitch

 

Sur l’envers du devant, on a… l’envers du point. Il n’est pas plus voyant que sur l’endroit. En réalité, mon index m’informe quand l’aiguille est tout juste sortie et me permet de repiquer dans le tissu directement. Je plie légèrement le vêtement entre mes mains pour que le prochain point sur l’endroit soit à la distance souhaitée du précédent, et ainsi de suite. Je vous invite à regarde la vidéo pour mieux voir. On voit sur la photo ci-dessous que mon aiguille passe sur 1-2 mm. sur l’intérieur du revers, de sorte que j’ai un point pas plus voyant que sur l’extérieur.

 

gilet surpiqûre pickstitch

 

Voilà l’aspect sur les deux revers intérieurs :

 

gilet surpiqûre pickstitch

Comme d’habitude lorsque je couds à la main, j’aime passer mon fil (qui ici est simplement un fil de polyester ! je ne suis pas aller chercher dans le top) dans de la cire d’abeille (regardez ici) puis le presser au fer pour le rendre moins susceptible de faire des nœuds, plus glissant, un peu plus brillant : beaucoup plus agréable à coudre. Bah oui, quitte à y passer du temps, mieux vaut que ce soit un véritable plaisir !

 

gilet surpiqûre pickstitch

 

Et voilà le gilet surpiqué et pressé :

 

gilet surpiqûre pickstitch

 

Bonne journée à tous et à bientôt !

A.

13 Réponses

  1. Merci pour ce post très explicite et bien documenté. Ce point de picking était un grand mystère pour moi et la vidéo permet de comprendre comment passer l’aiguille pour que le rendu soit le même sur l’endroit et sur l’envers.
    A mon tour de donner un truc pour que les boutonnières soit aussi belles à l’endroit qu’à l’envers : il s’agit de la méthode utilisée sur le célèbre cardigan de la rue Cambon. Les boutonnières sont réalisées deux fois : sur l’endroit elles sont brodées classiquement et sur l’envers ce sont des boutonnières passepoilees qui sont réalisées. C’est deux fois plus long mais le résultat est très propre et solide.
    Le Cardigan sera mon défit – ascension de l’Everest de l’année 2017 : c’est une pièce qui nécessite 130 heures de travail en atelier, avec des couturiers chevronnés, et je suppose que j’y consacrerai 200 heures au bas mot. Ma source documentaire et mon guide sera le livre de Claire Shaeffer dédié à cette pièce intemporelle.
    Bonne année 2017, qu’elle soit riche d’expériences et de rencontres !
    • Augustin
      Un cardigan Chanel… whouahou ça c’est du défi. Je suppose que le livre dont vous parlez est celui-ci ? http://amzn.to/2hYU6Nj
      J’ai acquis il y a quelques mois le livre de Claire Schaeffer sur les tissus, une grosse bible que je consulte dès que je m’occupe d’un matériau moins habituel, mais je n’ai pas encore acheté les 4 livres de la collection « Couture Sewing » qui sont depuis longtemps dans mon viseur… vous les connaissez ? Est-ce dans l’un de ces livres que vous avez appris le truc des boutonnières passepoilées sur l’envers ? je n’ai jamais fait de boutonnière passepoilées, et en effet cela peut s’avérer précieux, car malgré tout le soin qu’on souhaite apporter lors de la broderie, force est de constater que le rendu sur l’envers de la boutonnière est loin d’être aussi attrayant que sur l’endroit.

      Avez-vous l’intention de nous faire suivre votre aventure cardigan ? je pense qu’un projet d’une telle envergure bénéficierait à beaucoup de personnes. C’est néanmoins un travail supplémentaire de reporter l’avancement des travaux, et peut-être serez-vous assez occupée comme cela. En tout cas j’espère fort que vous pourrez me donner des nouvelles de temps à autre.

      Très bonne année à vous, Françoise, et merci pour vos échanges !!!!
      A.

  2. Françoise W.
    Il s’agit bien du livre au bout du lien (the cardigan jacket, sewing secrets from a Chanel collector). Ce livre est très bien fait, les explications sont bien illustrées et le contenu du DVD est vraiment d’une aide précieuse quand on n’a pas tout saisi du descriptif d’une étape. J’ai aussi acheté Making designer Trims qui complète bien ce volume pour tout ce qui est des bordures, lisières et autres finitions. J’attends le volume sur les jupes, qui me paraît également très intéressant sur le plan technique.
    En revanche je suis restée sur ma faim avec l’opus ‘Techniques’ (la couverture montre une robe de soirée saumon) qui survole énormément de choses sans aller dans un détail suffisant même pour quelqu’un qui a un tant soit peu d’expérience.
    Globalement, ces livres s’adressent à un public relativement averti et je ne conseillerai pas à un débutant de commencer par ce genre de pièce.

    J’ai bien l’intention de conserver l’avancement de cette aventure, ne serait-ce que pour comprendre ce qui aura marché ou ce qui aura été moins évident. Cela oblige à structurer sa démarche et facilite la progression. Quant à publier pourquoi pas, qui sait…

    Bonne année 2017 à vous et à tous les lecteurs ( trices) de ce merveilleux blog, qu’elle soit pleine de joie, de découvertes et de belles rencontres.

  3. Noëlle Adam
    Merci. Si jamais tu fais un cours, je m’inscrit ! Je suis verte de jalousie de ton gilet.
    Il est beau, il y a une jolie ligne, un style marqué et discret.
    J’ai fait une tentative, mais le patron était moche, sommaire, c’est une idée de gilet et pas un gilet…

    Tous mes vœux.

    • Augustin
      Merci beaucoup !! Le tissu est une laine froide qui permet d’avoir aussi des bords très nets.
      À bientôt !
  4. Je ne connaissais pas cette méthode de surpiqure , effectivement, c’est très discret et très joli. Je suppose qu’il faut être très patient et méthodique 😀 . il va me falloir un peu d’entrainement, mais cela m’ouvre des perspectives, merci pour cet article.
    Je profite de ce post pour souhaiter une bonne, douce et belle année à tous!
    • Augustin
      Oui ça demande un peu de pratique mais ça va assez vite pour sentir le point. Bonne année à toi aussi et à bientôt !
  5. Bonjour,
    Ça fait un moment que je lis vos articles, toujours super intéressants, et cette fois-ci je vais finalement laisser un commentaire!
    Le pickstitch n’est pas simplement un point invisible en français? En tout cas, c’est sous ce nom-là que je l’avais appris à l’école.
    Hors cette question de vocabulaire, bravo pour le très joli gilet, est-ce qu’on pourra le voir porté?
    Tout de bon!
    • Augustin
      Bonjour Liseli et merci pour votre commentaire !

      J’ai du point invisible une autre idée, pour moi c’est un point glissé qui permet d’appliquer un morceau sur un autre en piquant exactement entre les deux morceaux, un peu comme sur cette photo : http://static.canalblog.com/storagev1/coutureetcie.canalblog.com/images/point_glisse.jpg . C’est ainsi que je fixe une doublure sur une fermeture à glissière, par exemple. La pickstitch est un peu différente car elle se fait clairement par dessus le tissu, comme une surpiqûre (à 1, 2, ou 5 mm du bord, c’est comme on veut), et n’est pas glissée car à chaque point on fait une sorte de mini point arrière, en piquant 1 à 2 mm en arrière de l’endroit où on est sorti.
      Est-ce que le point invisible aurait deux significations possibles ?

      En tout cas merci pour vos compliments, et je m’arrange pour trouver un(e) photographe qui voudra bien m’aider à rattraper mon retard sur les habits et vous montrer non pas un mais deux gilets de ce type !

      Bonne fin de semaine et à bientôt,
      A.

    • Effectivement, j’avais oublié en arrivant à la fin de l’article que vous faisiez un petit point arrière, alors qu’effectivement, le point invisible est glissé. Par contre, c’est tout à fait possible de l’utiliser comme la pickstitch, sauf qu’au lieu de piquer derrière le point de sortie de l’aiguille, on sort devant. Je trouve que ça permet de moins créer de tension sur le point, rendant le point encore moins visible comme les deux tissus sont très légèrement moins fixés l’un à l’autre.
      Bonne chance pour la quête d’un(e) photographe bénévole, c’est effectivement la partie la plus compliquée de l’affaire, finalement!
      Bonne fin de semaine à vous aussi,
      Liseli
    • Augustin
      Je suis bien d’accord. En fait c’est une question de choix esthétique : voulons-nous voir le point ou pas ? en tout cas la pickstitch peut se retrouver quasi invisible sur un tissu sombre ou à motifs avec un fil correspondant, ou elle peut être contrastante en utilisant un fil à broder carrément… Je recherche toujours mon photographe ! En plus un nouveau gilet est prêt, assorti à un pantalon à plis ! A bientôt
  6. Christiane Quidet
    Bonjour
    Puis-je utiliser ce point pour la finition des braguettes. Est-ce que ce sera assez solide . dans le prêt à porter il ont des machines pour faire des points de puce. Ce point s’y apparente.
    Cordialement
    • Augustin
      Par finition de braguette, entendez-vous la surpiqûre qui est visible sur le devant gauche (droit pour une femme) et qui s’arrondit vers le bas ? Si c’est le cas, je pense que oui, c’est possible. Le point est discret mais solide. En revanche si ce n’est pas une surpiqûre directement visible (comme celle du sous-pont), je pense qu’une point arrière (à la main) ou une surpiqûre machine sont plus rapides et aussi efficaces.

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