Chemise#05 : dissection d’une chemise pt. 1

Bonjour !

 

Aujourd’hui et les fois suivantes, je vais vous raconter une expérience très intéressante que j’ai réalisée pendant les dernières vacances et qui continuera la série d’articles consacrés à la chemises (voir ici pour le sommaire). Il y a quelques semaines j’ai trouvé dans le hall de mon immeuble trois chemises que leur propriétaire avait abandonnées à un triste sort. Je les ai prises, et si j’aime en porter une (après l’avoir un peu retouchée), je ne veux pas des deux autres. J’en ai donc pris une, et me suis transformé en légiste du textile. Si vous avez envie de vous réconcilier ou de passer plus de temps avec votre découd-vite, c’est une activité que je vous conseille.

L’expérience a été plus qu’édifiante.

 

Pourquoi disséquer une pauvre chemise sans défense.

La chemise en question vient d’une marque très connue de prêt-à-porter, d’entrée de gamme, que je ne nommerai pas même si je peux dire que cette marque est un prénom commencant comme bavoir et terminant comme dentifrice. Bref.

 

J’ai fait presque 100 photos sur cette dissection, et chose amusante, j’ai oublié de photographier le modèle original. Donc pas de modèle original à vous mettre sous la dent. Se figurer une chemise blanche, toute banale, taille 38 environ, manches longues, col classique.

 

Disséquer une chemise permet, selon Kathleen Fasanella, rédatrice du blog Fashion Incubator, de découvrir les procédés de montage industriels. En effet, j’ai constaté que de nombreuses étapes étaient totalement différentes de ce que j’avais lu.

 

Disséquons gaiement.

Pour déconstruire la chemise, il faut partir de la fin. Donc je vais tout faire à rebours. Ensuite, j’essaierai de voir comment à partir de ces découvertes je pourrai améliorer mes résultats et mon efficacité dans la manière de sontruire une chemise, et pour ça il faudra repartir de la fin pour aller au début, ou inversement…. vous avez compris, je pense.

 

Le poignet.

En observant l’extérieur et l’intérieur du poignet on remarque une chose : deux surpiqûres sur l’extérieur, une seule sur l’intérieur. Donc il y a un truc qui cloche. J’enlève donc la surpiqûre qui est sur les deux côtés, celle en haut du poignet et la première surprise : le poignet se détache directement.

 

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Puis j’ouvre le poignet : on remarque bien que le côté extérieur (en bas) et l’intérieur sont différents. La marge de couture de la partie extérieure a été cousue en place avant de coudre le poignet.

 

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Je découds toutes les surpiqûres. C’est assez pénible à faire car on ne peut pas simplement tirer sur le tissu, mais c’est une bonne garantie de solidité en tout cas !

Je remarque une autre chose : le thermocollant remonte jusqu’à la pliure du poignet.

Encore autre chose : ce poignet a été coupé dans une seule pièce de tissu, pliée en 2 pour faire le poignet. Cela diffère des conseils et patrons que l’on trouve généralement (2 rectangles assemblés puis cousus à la manche). Ca économise des épaisseurs, une étape de couture suplémentaire (ce poignet est carré, donc pas d’arrondi à gérer).

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Vue du petit côté du poignet avant dele retourner entièrement :

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Le poignet entièrement retourné, il se passe une chose curieuse avec les marges de coutures côté manche. Celle du côté intérieur passe au-dessus de celle du côté extérieur (celle qui a été cousue en place) et c’est dans cette configuration que les petits côtés ont été cousus.

Remarquez aussi que les angles n’ont absolument pas été crantés.

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Voici ce que cela donne en détail :

 

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Enfin, voici le poignet totalement décousu. L’entoilage est assez épais (trop à mon goût), et le côté intérieur un peu plus large que l’extérieur, probablement pour compenser le fait que la marge de couture passe au-dessus de l’autre. Peu d’éléments semblent être laissés au hasard…

 

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Les plis d’aisance de la manche.

Quand le poignet s’est détaché de la manche, il a laissé directement voir les 2 plis qui avaient été pris lors de l’assemblage, et qui servent à donner de l’aisance à l’avant-bras. La place de ces plis a été indiquée par des crans, mais ils n’ont pas été bâtis auparavant. Je suppose que la manière de monter le poignet (une seule surpiqûre) permet de mieux maîtriser la formation du pli en direct.

 

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La Plaquette de manche.

Nous abordons ici une partie plus technique, parce que ce jamais facile à monter : la plaquette de manche qui permet de fermer le poignet quand on porte la chemise mais aussi de retirer la chemise le soir.

La plaquette de manche est ici en deux parties. Ce qui est intéressant c’est le pliage, et bien sûr l’assemblage.

 

A la base du poignet, les angles ont été retournnés en biais. Pourquoi, je ne le sais pas. On a le dessus de plaquette (plaquette) à gauche et le dessous de plaquette (parementure) à droite.

 

chemise homme couture augustin comment c'est fait

 

Ici, la plaquette sur l’envers. C’est bien propre, avec la parementure qui passe entre la manche et la plaquette. Allons regarder de plus près.

 

chemise homme couture augustin comment c'est fait

 

Une fois retirées les surpiqûres de la plaquette : le haut de la parementure est visible, attaché à la manche, et on peut déjà voir que la pointe de la plaquuette a été formé d’une manière qu’on croirait un peu brouillon…

 

chemise homme couture augustin comment c'est fait

 

Ici j’ai retourné le haut de la parementure pour voir à quoi elle était attachée, et en réalité c’est à un petit triangle de la manche. Ca ne vous fait penser à rien ? une poche passepoilée ! et on a cousu la parementure/passepoil sur le petit triangle.

 

chemise homme couture augustin comment c'est fait

 

Là, j’ai noté les dimensions des marges et des largeurs/longueurs de pièces pour qu’on s’y retrouve un peu avant de découdre. A noter que la partie inférieure de la plaquette et de la parementure est plus large d’1 à 2 mm que la partie supérieure. Je suppose que cela permet d’être certain de prendre toutes les épaisseurs quand on surpique par l’endroit.

 

chemise homme couture augustin comment c'est fait

 

Et voilà les deux pèces décousues et pressées. La plaquette a une forme que je n’ai jamais rencontrée, à savoir ce côté en biais. La parementure est normale.

Quand je dis découdre, je vais un peu vite. En réalité, les deux pièces étaient fixées uniquement par des surpqûres et n’ont pas été assemblées d’abord endroit/endroit, etc (vous pouvez voir les marques des surpiqûres sur la photo). Elles ont été préformées, pressées et assemblées en place sur une fente aménagée à leurs dimensions et qui se terminait en V comme sur les poches passepoilées. La parementure est fixée en premier, sécurisée avec un point d’arrêt sur le V de la fente en capucin, puis la plaquette est surpiquée par dessus en prenant toute la zone d’assemblage de la parementure dans sa large surpiqûre en forme de petite maison, afin que tout soit bien propre.

 

chemise homme couture augustin comment c'est fait

 

J’ai mis en dessous l’ordre dans lequel il faut plier la plaquette pour obtenir la forme. La dernière étape (5) consiste à replier l’excès de tissu du haut vers le bas en formant la pointe.

 

chemise homme couture augustin comment c'est fait

 

 

La suite au prochain numéro,

 

A.

 

4 Réponses

  1. Et dire que je m’embêtes à cranter toutes mes coutures!!
    • Augustin
      Franchement, le jour où j’ai compris que cranter ne dépendait que de la marge de couture, j’ai enlevé toutes les marges incluses de Vogue et me suis mis à rajouter ça et là ce qu’il fallait : 1 cm en général, et puis plus dans les endroits à ajuster. Ca demande un peu de rigueur, mais ça fait gagner tellement de temps ! et on arrête de devoir nettoyer ces milliers de petits triangles de tissus qui se mettent dans tous les coins du salon…!
  2. […] et se termine comme dentifrice (oups, en ai-je trop dit ?). Bref. Nous nous sommes intéressés aux poignets et plaquettes de manches ici. Puis aux coutures rabattues ici. Aujourd’hui on parle du col et de son pied de col. Et je […]
  3. Je déteste les marges incluses, je préfère rajouter ce dont j’ai besoin. Effectivement je gagne du temps, à la couture et au nettoyage 😀

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