Fil : cônes versus bobines.

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On coud, on coud, on coud, à la fin on a utilisé des mètres et des mètres de fil. Une chemise, au moins 100 m., un pantalon : autant, une veste : 300, un trench : 600… Combien de bobines dois-je acheter… et si je prenais plutôt un cône ?

 

C’est ce que je me suis dit un jour, passant devant un magasin qui faisait de la vente en gros. J’en avais assez de me demander si avec 2 bobines, j’aurais assez, pour finalement n’en utiliser qu’une seule, ou au contraire penser que 2 suffiraient pour voir avec angoisse le stock diminuer jusqu’à la fatale évidence que non, ce n’était effectivement pas assez.

 

De Gros Cônes…

Les cônes de fils sont associés à l’utilisation d’une surjeteuse, qui il est vrai consomme beaucoup de fil. Encore que cela dépend des boucleurs et du point. Les machines familiales ont rarement un équipement permettant de placer un cône dessus. Un cintre en fer avec une sorte de crochet pour passer le fil est néanmoins réalisable en 2 minutes et permet d’utiliser tout ce qu’on veut.

Le fil d’un cône est en polyester. Parfait pour les tissus moyennement fins et plus épais. Une chemise demande plus de délicatesse, une robe en satin aussi. Mais une jupe ou un pantalon en laine, un manteau en gabardine ou un jean : pas de problème ! Quand j’ai pu approcher une machine industrielle de près – la plus proche du modèle familial est appelé piqueuse plate -, j’ai remarqué que deux porte-cônes se situent derrière la machine. Il est assez évident que dans le milieu professionnel, les employés ne vont pas s’amuser à changer de bobine et enfiler la machine à nouveau (ce qui prend un certain temps), à chaque pièce. Un cône sert donc à alimenter la machine, l’autre (malin !) remplit la canette suivante pendant que la machine à coudre coud. Et chaque cône donne… 5000 mètres de fil. C’est là que les bras nous en tombent la première fois que l’on fait un calcul assez bête du prix au mètre de fil… Un peu d’arithmétique :

1 bobine de 200m de fil polyester à tout coudre Gutermann coûte 3,50 € chez Rascol donc 1m = 3,50/200 = 0,0175 €

1 cône de 5000m de fil polyester coûte 1,20 € chez un grossiste donc 1m = 1,20/5000 = 0,00024 €

En fait c’est tellement petit que l’on a du mal à se rendre compte à quel point la différence est énorme. Mais si l’on regarde le prix de la bobine, c’est quasiment 3 fois le prix du cône. Autrement dit, j’achète 3 cônes pour le prix d’une bobine, sauf que j’ai 15000 mètres de fil là où Gutermann m’en donne 200.

 

 

On peut alors objecter que la qualité du fil n’est certainement pas la même. Honnêtement je le souhaite très fort, sinon je ne pourrai plus acheter une bobine de fil Gütermann sans ressentir une violente douleur au fondement. Enfin. Mais si la qualité des fils est médiocre, je vous conseille d’essayer avant de le dire vous même. Car j’ai essayé, et jamais mon fil n’a cassé pendant la couture, jamais je n’ai vu une couture se défaire, bref, niveau résistance ça fait parfaitement le job pour moi !

Pour ce qui est des coloris c’est pareil, on n’a que l’embarras du choix. Et si vraiment le Harris tweed que vous venez d’acquérir ne se satisfait d’aucun coloris pour les cônes, ruinez-vous dans une ou plusieurs bobines que diable ! Vous venez d’acheter du Harris tweed, à mon avis la ruine ne sera pas au niveau du fil à coudre !

Le stockage de ce type d’accessoire peut-être un problème à la longue. Je ne l’ai pas rencontré donc je ne m’étendrai pas. Outre le fait que je trouve ça super joli d’avoir des cônes colorés qui traînent un peu partout chez moi, j’ai peu-être encore sous-estimé leur utilité : montés en lampe, pieds d’étagères, qui sait ? Sinon mettez-vous au bricolage et faites comme Anne chez Oui Patrons : un porte-bobines (et cônes) aussi beau ne peut qu’être un plus pour la déco (le lien ici) !

 

 

… et de nombreuses Bobines.

Mais l’apologie du cône ayant été faite, il faut rendre à César ce qui est à César et donc à la bobine ce qui fait sa richesse : sa diversité. Une fois que vous avez cousu vos pantalons, salopettes, jeans, capelines et autres vêtements robustes, vous serez attirés par une chemise en liberty, une tunique en soie sauvage, une robe en fin coton imprimé ou une coquine nuisette en voile et dentelle. Et là on oublie le cône et ses gros sabots.

Un fil de coton, voire un fil de rayonne, dont la grosseur et la matière s’adapteront parfaitement au vêtement final sont requis pour qu’au premier lavage vous n’ayez pas de surprises. Le problème, c’est que ce genre de fil ne se trouve pas partout. Chez Ultramode à Paris, on peut trouver du fil de coton fin. Chez Moline au Marché Saint-Pierre, on trouve du fil rayonne. Probablement chez Lafayette Saltiel, mais je n’ai même pas essayé tant les prix doivent être hauts. Hélas, il n’y en a pas chez Fil 2000, qui fait principalement du polyester.

 

 

Pour la couture à la main, j’utilise du fil de soie quand la couture exige énormément de solidité (j’avais acheté un petit cône de ce fil en noir chez Lafayette justement il y a quelques mois, pour un prix affolant, mais je vois qu’il ne descend pas trop vite avec soulagement), du cordonnet de soie – il y en a chez Fil 2000 – pour les broderies etc. Je prends des bobines de fil à bouton parfois, c’est assez pratique même si je pense qu’une double épaisseur de fil polyester fait bien le travail aussi.

 

 

Les Cônes : 1 – Les Bobines : 1/2

Je ne veux pas dire que les bobines ont perdu le match pour ne pas les vexer, mais c’est un peu vrai quand même. Les pauvres, elles n’ont pas été aidées. L’industrie préfère le grand format, et crée des prix imbattables. Ces prix sont incroyablement bas en regard de la qualité des produits qui ont une solidité certaine pour pouvoir donner des vêtements portables et durables pour le PAP (le prêt à porter, pas François). Les bobines conservent certaines spécificités de l’artisanat et de la couture à la main : fil de lin, de coton, de soie, fil élastique, à bouton, invisible, etc…, sont utiles pour tous les tissus extrêmement fragiles et fins et pour les finitions des autres vêtement, qui restent cependant de l’appoint par rapport au métrage total qui passe dans un vêtement.

 

Alors je dis ça, je dis rien, mais je serais vous j’irais regarder comment on fabrique un porte-cônes sur cette page, ou bien cette page et je me lancerais dans l’achat en gros !

 

Pour finir et élever le débat économico-couturiéro-filaire, voici une oeuvre du Canadien Patrick Bernatchez que j’ai eu l’occasion de voir au Musée d’Art Contemporain de Montréal hier dans son exposition « Les Temps inachevés ». Un mobile centrale tourne lentement sur lui-même, entraînant en même temps les fils des 103 (si j’ai bien compté) cônes qui lui sont reliés. L’effet est saisissant, puisque chaque fil est lentement tiré jusqu’en haut de la bobine puis se déroule d’un coup en retombant en bas, etc. chacun à un moment différent. Le fil, c’est de l’art.

 

(copyright avatarquebec.org)

 

Une vidéo consacrée à l’artiste resitue le contexte de cette création :

 

Bonne journée et à très bientôt !

A.

 

 

13 Réponses

  1. excellent, cet article ! je suis arrivée à la même conclusion, d’ailleurs !
  2. Merci pour cet article fort intéressant! J’en suis moi aussi à acheter des cônes plutôt que des bobines pour les coloris « courants », et j’en suis ravie. Sauf que jusqu’à présent, je bobinais des canettes (!) pour pouvoir utiliser le fil… A la suite de la lecture de cet article, je me suis donc penchée sur un porte-cône qui pourrait m’éviter cette corvée (une canette, ça se vide quand même très vite), et j’ai bricolé quelque chose de très satisfaisant, qui m’économisera pas mal de temps (et d’argent^^). Merci encore!
    Encore une chose, j’achète mes cônes sur le site « mercerie-extra » qui ne paie pas de mine, mais la qualité est top. Si ça peut servir à quelqu’un…
    • Augustin
      Moi non plus je ne comprends pas pourquoi les canettes sont si petites, . Même sur une industrielle elles sont ridiculement petites. Mais en effet quel plaisir de coudre avec un cône quand on a un porte cône ! si tu n’aimes pas le bricolage, sache qu’un simple cintre en fer « ouvragé » fera l’affaire, scotché au bon endroit sur ta machine. C’est ce que j’avais fait sur mon ancienne machine. Ciao !
  3. Hello ! Je confirme pour avoir bosser en industrie qu’il est éreintant de changer plusieurs fois de fils de bobines. Après, la technique du petit neuds comme pour les surjeuteuses aide bien, ahah. Mais le pire reste les canettes, c’est trop petit !!
    Pour ma part, j’utilise surtout le noir et blanc en cônes, les couleurs en bobines stockés dans une boite de pastilles de lessives.
    Chouette articles, avec joie de revenir 🙂
    Marie
    • Augustin
      merci ravi d’avoir un témoignage de l’industrie ! alors tu ne sais pas pourquoi les canettes sont si petites ? c’est assez pénible en effet, et ça a toujours le don d’arriver dans un moment crucial type surpiqûre, assemblage de fronces, etc… par contre j’ai remarqué que sur une industrielle, une fois la canette replacée, il n’y a pas besoin de créer le premier noeud : on peut piquer normalement direct et la machine ne moufte pas un instant !
  4. Non, je ne sais pas, p’tre juste pour nous embêter, ahah.
    C’est l’avantage de la piqueuse plate, je bossais sur des brodeuses indus, et la, il faut le nœud et que c’est agaçant quand il faut le faire toute les dix minutes après la fin d’un cône.
  5. Bonjour,
    pour les amateurs et amatrices, j’ai trouvé un site de tissus/mercerie qui propose un choix extraordinaire de bobines de matières peu ordinaires dont de la soie et de la rayonne : il s’agit du site allemand Tissus.net. Le fabricant est Gütterman et c’est toute la palette de couleur de ce fabricant qui est disponible. J’ai utilisé le fil de soie Gütterman pour coudre une robe en satin de soie, doublé de crêpe georgette de soie : il est fin, solide, brillant et pas trop cher.

    PS : bien sur, je n’ai aucune action chez Tissus.net

    • Augustin
      C’est très sympa de partager les trucs et astuces : merci beaucoup !
      (Et promis je m’occupe de cette histoire d’empiècements… je ne vous oublie pas !)
  6. Christiane Quidet
    Bonjour,
    Grâce à vous je viens de découvrir un nouveau site Mercerie Extra. Je commande beaucoup le tissu chez tissu net et je n’ai jamais eu la curiosité d’aller regarder leur fil. Merci pour cette info.
    • Augustin
      Bonjour Christiane : je remercie à mon tour qui avait parlé de ce site, que je ne connaissais pas moi-même avant cela !
  7. fradet stephane
    bonjour je suis a la recherche de cordonnets de soie gutermann 580,300,900,286,886,723,412 merci d avance.
    • Augustin
      Bonsoir Stéphane,
      Je suis désolé mais je ne suis pas détaillant. Il faut vous rapprocher d’un site ou d’une boutique spécialisé.
      A.

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