Chemise#04 : le patron.

Classé dans : Coudre une chemise de A à Z, L'atelier | 1

Aujourd’hui, je vous propose de regarder comment est conçu un patron de chemise et quelles sont les infos à ne pas louper si vous voulez que votre création soit réussie. Pour les articles précédents, rendez-vous sur la page de sommaire ici.

 

Les différentes pièces du patron.

Vous trouverez inévitablement les pièces suivantes :

  1. Un dos ;
  2. Un devant droit ;
  3. Un empiècement dos ;
  4. Un col ;
  5. Une manche en une partie ;
  6. Un poignet ;
  7. Une patte de manche.

Vous trouverez très souvent :

  • Un pied de col, notamment pour toutes les chemises habillées (le col est en deux parties) ;
  • Deux devants différents, l’un recevant les boutons, et l’autres les boutonnières (nous allons voir plus bas).

Vous trouverez parfois :

  • Des hirondelles de renfort ;
  • Une patte de boutonnage pour le devant gauche ;
  • Un « petit côté », à l’instar des vestes, qui est rajouté afin d’offrir une deuxième ligne de cintrage.

 

Résultats de recherche d'images pour « chemise patron »
(copyright)

 

Zoom.

Le Dos.

Il est coupé sur la pliure du tissu (droit fil), de sorte que le patron ne représente qu’un demi-dos. Marquez le centre par une encoche, ça peut servir…

En bas, il est ourlé avec un pied à ourlet étroit ou au fer, il est plus ou moins courbe, et sa longueur dépasse généralement celle du devant.

Sur les côtés il est destiné à être cousu aux devants par une couture rabattue, mais c’est lui qui est pris dans la couture du devant, de sorte que la marge de couture pour les côtés du dos est étroite.

Au milieu, on trouvera des pinces pour les modèles cintrés.

Sur la partie supérieure, qui sera rattachée à l’empiècement, on peut trouver :

  • un pli central ;
  • un pli de chaque côté, à hauteur des omoplates ;
  • des fronces tout le long de la ligne d’empiècement ;
  • rien du tout.

Ces plis ou fronces contribuent à donner de l’ampleur à la chemise. Dites-moi si je me trompe, mais on aura souvent :

  • plis ou fronces / pas de pinces : effet drapé.
  • pas de plis ou fronces / pinces : effet cintré.

 

Les Devants.

Soit ils seront présentés en deux pièces distinctes, soit en une seule pièce dont le bord devant devra être aménagé. Le bord devant est toujours sur le droit fil, vous pouvez donc le mettre contre la lisière quand vous couperez.

Le bas des devants est identique au dos.

Les côtés reçoivent la grande partie de la couture rabattue, de sorte que la marge de couture doit être assez large (1,2 cm au moins).

Le bord du devant gauche reçoit les boutonnières, il y a donc une patte de boutonnage, une partie qui va s’étendre au delà du milieu devant pour croiser le devant droit et permettre de fermer la chemise. Ici il faut attentivement regarder votre patron : y a-t-il une patte de boutonnage rapportée (coupée à part puis cousue au devant gauche), ou une patte de boutonnage à même (comprise dans la coupe du devant gauche, épargnant une couture supplémentaire) ?

Le bord devant gauche est plus simple, il reçoit les boutons et est donc prolongé d’une certaine largeur pour pouvoir être replié à l’intérieur de la chemise : la double épaisseur ainsi créée (parfois entoilée) permet de recevoir les boutons.

Sur le bord devant gauche comme le bord devant droit, le principe est toujours de faire une sorte de gros ourlet dans le sens de la hauteur. Notez dès à présent que l’ourlet du devant gauche (qui sera posé dessus) est plus large que l’ourlet du devant droit (dessous avec les boutons) afin de le recouvrir entièrement. 

 

Les Empiècements.

On les appelle ainsi car à l’origine, ils sont une partie du dos. De ce dos on a pris une partie, une pièce, pour former le haut de la chemise. Pourquoi ? si vous mettez l’une au-dessus de l’autre le dos et l’empiècement, vous remarquerez sans doute que du côté de l’emmanchure il y a un trou. Ainsi, lorsqu’on coud les deux pièces ensembles, la couture agit sur la forme du vêtement, à la manière d’une pince cachée, pour mieux envelopper les formes de votre corps d’athlète…

L’empiècement est une partie cruciale : sur lui sont attachés le col, les devant, le dos, les manches. Il est doublé, donc on le coupe deux fois dans le tissu.

L’empiècement peut être coupé de plusieurs manières différentes, dépendant en partie de la ligne que vous choisissez pour le droit-fil (oui, vous avez le choix !)

  • Droit-fil sur la ligne du dos comme ci-dessous ; vous coupez l’empiècement dans le sens du fil, mais en repliant votre tissu dans le sens de la longueur de sorte que vous pourrez couper sur la pliure et obtenir deux moitiés symétriques :
Patron chemise homme empiècement.
(copyright)

 

Parfois, on n’a pas assez de tissu pour couper les deux empiècements en une seule fois, sur la pliure. En ce cas, faites ce qui est proposé plus bas : en 4 moitiés.

  • Droit fil sur la couture devant (beaucoup moins fréquent) :

Patron chemise homme empiècement

 

A ce moment là, vous êtes obligé de couper votre empiècement en deux parties. Comme il faut deux empiècements, il faudra donc couper 4 moitiés, qui seront assemblées deux à deux par une couture centrale. Vous remarquerez la subtilité de la chemise ci-dessus : l’empiècement extérieur (qu’on voit) a été coupé avec le droit fil sur la couture devant, donc en deux moitiés ; l’empiècement intérieur (contre la peau, avec l’étiquette) a quant à lui été coupé avec le fil sur la ligne du dos, et en une seule pièce.

Le dos de la chemise, dans ce deuxième cas, est assez amusant quand il y a des rayures. Julien Scavini en fait un bel article ici.

  • Empiècement dans le biais :

 

 

Patron chemise homme empièement
copyright cecilebricole

 

Très à la mode en ce moment, joli à regarder, et surtout évite beaucoup de problèmes de raccords notamment avec de gros carreaux comme sur cette photo, quasiment impossibles à gérer à cause de la symétrie centrale du dos (qui a priori ne peut être retrouvée sur l’empiècement puisque pour le dos, le droit fil est vertical alors que pour l’empiècement il est horizontal…).

Ici il vous faudra faire un patron de l’empiècement entier si vous n’en avez que la moitié, ou bien tracer une ligne de biais sur votre tissu. Ou tenter la solution des 4 moitiés, why not ?

J’aurais tendance à quand même couper l’empiècement intérieur avec le droit fil aligné sur la couture du dos pour éviter que le tissu ne se détende au fur et à mesure. Comme je le disais, l’empiècement est la partie centrale de la chemise et c’est sur lui que tirent toutes les autres pièces.

 

Le Col.

Qu’il soit en une ou deux parties (avec pied de col), il faut toujours respecter sa symétrie par rapport au milieu dos. Notez la sur le tissu dès que vous avez coupé.

Le col est coupé avec le droit fil dans le sens de la longueur, comme pour l’empiècement. Le bord inférieur est cousu au pied de col ou à l’empiècement, la partie supérieure est fermée et surpiquée. Le col est lui aussi doublé à l’identique, donc il faut couper deux fois la pièce.

Sa construction est assez technique, il faut y passer du temps et nous nous y attarderons bientôt.

Mais tout de suite une chose à laquelle il faut faire très attention sinon vous risquez de passer des moments pénibles : distinguer le haut du col (bord fini) et le bas du col (à assembler au pied de col). En effet, suivant l’angle des pointes du col (col très fermé ou très ouvert), c’est tantôt le haut ou le bas qui est le plus long côté. Donc faites attention !

  • Col « ouvert » (col italien par ex.) : le côté le plus long est celui qu’on assemble au pied de col.
  • Col « fermé » (col anglais par ex.) : le côté le plus long est celui qui forme les pointes, le plus court est à attacher au pied de col.

 

 

 

 

Col ouvert type italien ou cutaway (copyright)

 

Collection Dunhill 2015-16 sur l’acteur Max Irons et le retour du col « pelle à tarte », long et fermé. Ca n’a rien à voir, mais avez-vous remarqué cette curieuse manche raglan ? (copyright)

Le Pied de col.

Si le col est en deux parties, le pied de col est la partie attachée à la chemise. Si Je ne garde que le pied de col, j’ai un col Mao, ou col officier. Pour un col classique on attache sur le haut du pied de col un rabat qui retombe et couvre le pied de col.

Le pied de col se coupe comme le col avec le droit fil dans la longueur, un axe de symétrie sur le milieu dos, et en deux fois puisqu’il est aussi doublé.

Il a en outre vocation à permettre de fermer la chemise en haut, pour mettre une cravate, par exemple. Dans ce cas là, il y a ce qu’on appelle une croisure, à savoir que le pied de col dépasse la ligne de milieu devant, comme pour les devants, et permet d’y placer un bouton et une boutonnière. Notez l’emplacement de la ligne milieu devant, et le milieu dos.

 

La Manche.

Si les manches de  veste ou de manteaux sont en deux voire trois parties, la manche de chemise est traditionnellement confectionnée en une seule pièce qui est fermée en dessous du bras, en même temps que les côtés de la chemise, par une couture rabattue.

Le droit fil est généralement indiqué au milieu de la manche. Je suis toujours impressionné par la surface de cette pièce. Une fois repliée elle paraît vraiment plus petite, mais quand il faut couper, comptez-là comme aussi importante  qu’un devant ou un dos !

Donc, sur un côté de la chemise (le côté devant), vous avez une marge de couture importante (1,2 cm) ; sur le côté dos, vous avez une marge de couture classique (0,6 cm).

En haut, l’arrondi est appelé tête de manche et la marge de couture qui lui est consacré est la plus large de tout le vêtement : 2 cm., pas moins, en vue d’assembler la manche au corps de la chemise par une grande couture rabattue.

En bas, la manche est soit droite, soit légèrement incurvée. Plusieurs choses à remarquer :

  • Une marge de couture assez importante pour assembler le poignet (1,5 cm.) ;
  • Une ligne verticale symbolisant l’endroit où va être créée la fente de manche ;
  • des plis d’aisances (1, 2, 3 selon les modèles) ou des fronces, plus rares, permettant d’ajuster le tour de poignet en donnant à l’avant-bras du confort.

 

Le Poignet.

Pièce qui, comme le col, permet une infinité de variations sur les détails. Deux grandes familles :

  • Les poignets « simples » : une épaisseur de tissu doublée.
  • Les poignets « doubles » (poignets mousquetaires ou napolitains) : la pièce fait grosso modo deux fois la taille d’un poignet ordinaire. Elle est doublée. Le poignet est ensuite rabattu sur lui-même, formant un poignet assez épais qui s’attache au moyen de boutons de manchettes (p. mousquetaires) ou de boutons dissimulés (p. napolitains)

Comme les pièces sont doublées et qu’on a deux mains, il faut donc quatre exemplaires de la pièce. Le droit fil est placé dans le sens de la longueur.

La partie rattachée à la manche à une valeur de couture plus importante (1 ou 1,5 cm.). Les autres bords sont normaux (0,6 cm.).

 

La Patte de manche.

En une ou deux parties. Il en faut deux exemplaires (un pour chaque manche).

J’aime bien le patron de D. Coffin car il permet de couper la pièce en prenant en compte les raccords de tissu, exercice assez périlleux sinon. N’hésitez pas à passer un peu de temps à regarder comment on la monte si c’est votre première fois, et faites un essai en identifiant clairement endroit et envers avec un tissu pas cher. C’est un exemple de détail sur une chemise que personne ne remarque… sauf s’il est raté.

 

Les Optionnels.

  • L’hirondelle de renfort est un losange de tissu plié en deux qui est cousu en bas de la chemise, sur l’ourlet étroit, à cheval sur le devant et le dos. Elle permet comme son nom l’indique de renforcer ce point précis qui est soumis à pas mal de tensions, au fur et à mesure que vous remettez votre chemise dans votre pantalon… Si votre patron n’en comporte pas, vous pouvez vous en fabriquer une : vous découpez dans un papier cartonné un losange de 5 cm de côté, les petites pointes du losange feront 60°, les pointes larges 120°. Ce modèle inclut 1 cm de marge de couture. Nous en reparlerons dans quelques semaines…
  • Si vous avez une patte de boutonnage à couper, c’est donc qu’elle est rapportée. Vous avez à noter où se situent le milieu devant (ligne sur laquelle vous coudrez les boutonnières) et la ligne du bord devant.
  • Le petit côté, je ne l’aime pas trop pour ainsi dire. Je trouve que ça alourdit considérablement le look du vêtement, mais c’est mon point de vue. Si vous en avez un (un côté, je suis sûr que vous avez un point de vue), il marchera comme un devant. Comme il sera probablement cousu par une couture rabattue au devant ET au dos, repérez si les marges de coutures sur les côtés sont larges (couture qui rabat) ou normales (couture recouverte).

 

Le patron est entre vos mains, vous avez identifié vos nouveaux amis. La prochaine étape est le marquage : recopiage du patron puis marquage sur le tissu dans Chemise#05.

 

A.

Une Réponse

  1. Merci beaucoup. Vous m’avez aidé avec Les poignets « doubles » (poignets mousquetaires ou napolitains)

Laissez un commentaire