Chemise#02 : tissu, doublure, triplure.

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Bonjour couturiers.ères !

J’avais déjà écrit plusieurs article de cette série sur la chemise quand je me suis rendu rendu compte que j’avais omis peut-être le plus important : tissu et matériel ! Alors voilà : l’article d’aujourd’hui a pour objectif de faire rapidement le tour du tissu de chemise. Nous verrons ensuite les accessoires et le matériel dont vous aurez besoin.

Le tissu.

Le tissu traditionnellement choisi pour une chemise est le coton, bien qu’on puisse en choisir d’autres comme le lin, la soie ou même, dans les années 60, le nylon (mon père se gratte encore quand il se souvient de la sensation du nylon sur sa peau d’enfant,  mais peut-être que certains aiment ?).

Quoi qu’il en soit, je vous propose de nous en tenir au coton pour le moment, car cette fibre possède tant de déclinaisons possibles que c’est un monde en soit.

Le coton de la chemise peut être une toile (popeline, batiste, oxford, fil à fil), ou un sergé (twill, chevrons). Les deux ont beaucoup d’avantages, chaque tissage ayant des qualités qui lui sont propres. Par exemple, j’adore le tissu en chevrons car il offre de très beaux reflets, la popeline permet aussi d’obtenir de la brillance plus intense, le « fil à fil » donne une impression de relief très intéressante. C’est à vous de choisir.

Choisissez aussi en fonction de l’usage que vous souhaitez faire de votre chemise. La porterez-vous pour travailler ? pour faire la fiesta toute la nuit ? vous rendre à la messe le lendemain ? passer vos vacances d’été à siroter des cocktails sur la plage ? faire des concerts ? Chaque activité possède des caractéristiques qui conduisent au choix du tissu : il évacue bien la transpiration, est résistant, soyeux et chic, etc.

Je dirais que plus vous voulez une chemise habillée, plus votre tissu aura intérêt à être fin, parce qu’au style habillé est souvent associée – même si on ne la voit plus guère de nos jours – la triple épaisseur chemise/gilet/veste sur laquelle s’ajoute le pardessus.

Si votre objectif est plutôt d’avoir une chemise décontractée pour aller passer le we au coin du feu et faire de la randonnée en montagne, le coton franchement épais, éventuellement mélangé avec un peu de laine vous siéra à merveille. Qui ne connaît pas la chemise du bûcheron canadien ? On coupe peut-être moins de bois avec ce genre de vêtement aujourd’hui, mais on lui envie son aspect chaud, enveloppant, résistant.

chemise tissu
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Achat et préparation.

Tissu.

150 cm de tissu en 140 ou 150 cm de large suffisent à faire une chemise. Si vous cousez votre première chemise, prenez 200 cm : vous ne le regretterez jamais quand vous réaliserez que le tissu pour chemise, surtout le doux et fin, fait de très belles et très agréables poches de pantalons ou de manteaux !

Attention cependant si vous avez un généreux tour de taille ou de poitrine car alors certaines pièces, généralement disposées l’une à côté de l’autre lors de la coupe, doivent être décalées et il vous faudra plus de tissu. Cela est aussi valable pour les pantalons notamment. Si vous voulez être sûr, préparez les pièces de votre patrons, disposez-les sur votre table et voyez si, marges de coutures comprises, elles tiennent dans la largeur du tissu plié en 2 (donc 70 à 75 cm). Méfiez-vous notamment des manches : coupées en une seule pièce, on est bien loin de se douter qu’elles prennent autant de place !

Le coton est une fibre qui se présente mieux et se conserve mieux quand il est apprêté. On l’a rendu encore plus beau qu’il n’est avec de l’apprêt, un produit du style de l’amidon qui rend la fibre plus brillante et plus douce. Ce que vous faites quand vous rentrez chez vous, frétillant.e avec votre tissu à la main :

  1. Vous repérez si l’une des faces du tissu est plus mate ou plus douce que l’autre, ou alors vous en choisissez une.
  2. Vous marquez la face que vous avez choisie comme votre endroit en cousant un petit motif dans l’un des coins (je fais généralement une petite croix ou un truc comme ça).
  3. Vous lavez votre tissu à la main ou à la machine, comme vous laverez votre chemise plus tard. Je dis à la main parce que parfois ça me chagrine de faire une machine pour 1 m 50 de tissu. Dans ce cas faites attention à la température de l’eau.
  4. Vous laissez sécher jusqu’à ce que le coton soit presque sec.
  5. Vous pliez votre tissu en mettant les lisières l’une sur l’autre, endroit à l’intérieur.
  6. Vérifiez que les bords courts sont droits, c’est-à-dire qu’ils suivent bien un fil de trame. Sur une armure toile, c’est assez facile à repérer. Si le tissu à été coupé de travers, recoupez le long d’un fil de trame. Sur les sergés c’est plus délicat et il vous faudra parfois tirer un des fils de trames sur toute la largeur du tissu à l’aide d’une aiguille – il faut que je pense à faire un article là-dessus – pour pouvoir ensuite couper le long de ce fil de trame. Mais c’est très important d’avoir les bords droits pour avoir un beau droit-fil.
  7. Vous repassez le tissu encore un peu humide, sur l’envers, en lissant le tissu dans le sens chaîne, parallèlement aux lisières, afin de retendre les fils de chaînes qui sont les plus solides. Si vous repassez dans les sens trame vous risquez de déformer un peu les fibres de chaîne et de perturber le droit fil. David Coffin explique encore cela très bien dans son beau livre, achetable ici.
  8. Done !

 

Ici un article détaillé sur les tissus de chemise, en deux parties.

 

Et ici un site anglais spécialisé dans la vente de tissus de chemises. C’est bien parce que j’ai beaucoup de retard dans mes projets et que mon placard déborde de tissus en tous genres que je n’ai pas craqué et commandé chez eux, car il semble vraiment y avoir des choses magnifiques, avec des réductions assez souvent : acornfabrics.com

J’achète mon tissu de chemise un peu partout quand cela me plaît : je suis souvent allé chez Sacrés Coupons (alias les Gentlemen du Tissus) à Montmartre, mais aussi chez Tissu Market rue du Sentier, chez Bennytex à Bobigny, et au cours de mes voyages dans l’année en guise de souvenir.

 

Doublure.

Pour celles et ceux qui se questionnent sur la doublure, eh bien il n’y en a pas. Le col, les poignets, les empiècements dos sont bien doublés, mais avec le tissu principal, de sorte qu’il n’y a rien à acheter en plus. Après, c’est une question de goût. Beaucoup de personnes aujourd’hui aiment avoir un tissu contrastant ou liberty à l’intérieur du pied de col ou des poignets par exemple, et libre à vous d’en faire autant, ce n’est pas une différence fondamentale.

 

Entoilage.

Mais ça c’était pour le tissu… car si une chemise n’est pas doublée avec un tissu spécifique, elle n’en est pas moins entoilée au niveau des poignets et du col, avec ce que l’on appelle une triplure ou entoilage. La triplure donne de la tenue à certaines pièces sans avoir vocation à être visible. Vous aurez besoin de peu de triplure, mais pour être large vous n’avez qu’à prendre 50 cm, que ce soit en 90, 140 ou 150 cm de large. Ce n’est pas cher et vous pourrez faire des tests, la réutiliser… la triplure ça sert toujours !

Il y a plein d’options différentes. Pour moi voici les deux principales :

  • une toile thermocollante de la même épaisseur ou un peu moins et de la même teinte que votre tissu. Renseignez-vous bien auprès de votre vendeur pour savoir quelle toile marche avec le coton. L’entoilage thermocollant a tendance à se rigidifier quand il est posé donc ne vous inquiétez pas si il paraît un peu fin au début. Faites des essais sur des chutes, et au pire doublez-le.
  • une toile de coton blanche pour faire un entoilage plus traditionnel que vous coudrez à l’intérieur. C’est la méthode que j’adopte maintenant car je trouve qu’elle donne de meilleurs résultats, notamment elle n’a pas ce côté légèrement cartonné qu’offre parfois le thermocollant. Et puis, comme dit ma mère, j’aurais dû vivre à un autre siècle, c’est comme ça… Mais vous allez voir que ce n’est pas si compliqué.. Rendez-vous dans quelques chapitres.

 

chemise tissu triplure entoilage
Ici, de la toile de coton blanche non thermocollante (en bas) destinée à renforcer le col en tissu (en haut)

 

Si votre entoilage est thermocollant,  hors de question de le laver préalablement : la chaleur et l’eau rendraient la colle inefficace. Par contre, si vous avez opté pour une toile de coton, mettez-la à laver en même temps que le tissu principal. De cette façon, les deux tissus auront reçu le même traitement et auront beaucoup moins de chance de bouger différemment lors des lavages de la chemise.

 

A bientôt pour le matériel nécessaire à la chemise.

A.

4 Réponses

  1. Bonjour,
    Tu as bien raison de ne pas trop fréquenter le site Acorn … c’est un véritable lieu de perdition . J’ai déjà passé trois commandes chez eux, les tissus sont vraiment top ! Il faut régulièrement surveiller leurs offres et leurs déstockages, il y a des affaires à faire . Depuis plus d’un an , je me suis lancée dans la confection de chemises pour tous les hommes de la famille ( 3 au total), ils sont ravis d’avoir enfin des chemises à leur taille, qu’il ne faut pas reglisser dans le pantalon toutes les 10 minutes 😉
    • Augustin
      La chemise à reglisser dans le pantalon… ah , à qui le dis-tu ! Je guetterai les tissus d’Acorn, qui rien qu’en photo semblent faire des merveilles ! mais j’ai récemment fait le compte des tissus qui me restent à coudre (juste en chemise, hein…) et je dépasse allègrement la dizaine, ce qui multiplié par le nombre d’heures pour chacune et le temps que j’ai devrait m’amener à… 2018 ? non quand même mais pas loin… haha !
  2. Bonjour, je viens de réaliser une chemise et je crois que mon thermocollant n’est pas bon. Je vais utiliser ta méthode, avec une toile de coton… Je n’aime pas l’aspect que la vlieseline a donné au col… trop rigide, je ne sais pas…
    • Augustin
      C’est vrai que ça peut donner de mauvaises surprises… si le tissu est fin et que tu veux quelque chose de léger, de l’organza blanc ou noir selon la couleur peut être intéressant. Bon courage et à bientôt

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