Coudre, est-ce rentable ?

Classé dans : Le blog d'Augustin | 4

Chers lectrices, chers lecteurs,

est-il rentable de coudre ? vais-je gagner de l’argent ? c’est une question un peu farfelue que je me suis posée il y a quelques temps, et j’avais envie de vous la faire partager. C’est vrai, nous passons des heures devant nos machines à coudre, nous cherchons le meilleur tissu pour le moindre coût, et d’ailleurs n’est-ce pas l’émission d’M6, Cousu Main, qu nous rabâchait sans cesse que nous pouvions réaliser « rapidement un vêtement et à moindre coût » ? Alors regardons-y d’un peu plus près…

 

 

A première vue, non…

Il faut d’abord définir le mot « rentable ». Larousse propose deux définitions. La première est « qui donne un profit, un bénéfice intéressant. »

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Gainsbourg brûlait les billets de 200 francs, mais à quand le pantalon en billets de 10 et 50 ?? ça c’est sûr, ce sera pas rentable…

 

Combien d’entre nous ont commencé à vendre leurs vêtements ? peu, je pense. De   bénéfices il n’est question dans la couture amateur, ni de profits, cette activité bénéficiant presque uniquement à la sphère individuelle ou privée. Je me fais des pantalons, je fais des robes à mes sœurs, je fais une tunique à ma mère ou un gilet à un copain, mais cela ne va pas au-delà.

Tout cela pour dire que si l’on se place du côté de l’économie, la couture n’est pas rentable   du tout. J’achète les fournitures, le patron éventuellement et j’en ai déjà pour une certaine  somme d’argent, qui pourra sûrement être inférieure à celle que j’aurais dû investir dans le prêt-à-porter pour une qualité équivalente (et parfois pas toujours immédiatement), mais sur laquelle je ne serai remboursé de rien.

 

Le temps c’est de l’argent !

A cela s’ajoute le temps que j’y passe, qui fait exploser le compteur ! Nos grands-mères n’avaient pas tort de nous dire « mon petit, le temps, c’est d’l’argent ! » : le temps passé à accomplir un projet doit évidemment entrer en ligne de compte. Puisque chaque projet est différent et que ne faisant pas de la couture mon métier je ne monterai probablement   jamais 20 pantalons identiques à la suite, je n’acquerrai probablement jamais non plus la technique ou en tout cas la vitesse suffisantes pour optimiser une telle opération. De même pour les chemises, vestes, etc.

Alors au total, ça coûte combien de se faire une fringue ?

Aujourd’hui, faire une chemise depuis le traçage du patron sur le tissu à l’assemblage du dernier bouton peut me prendre 7 à 8 heures (9h quand je brode les boutonnières à la main). Si j’étais payé au SMIC pour ce temps, ma chemise coûterait déjà 8 x 9,53 = 76,24€ auxquels j’ajouterais 12€ de tissu et 2€ de fournitures diverses, pour un total de 90€, de quoi donc s’offrir une très belle chemise déjà. Il est évident que cette manière de raisonner est assez extrême et peut faire hausser les épaules. En tant qu’amateur nous ne comptons pas notre temps, mais à mon sens il faut pouvoir mesurer l’engagement qu’on met à réaliser un projet. Allez, j’ai assez fait l’avocat du diable !

 

… mais en cherchant bien… !

Heureusement, Larousse nous propose une deuxième définition du mot « rentable » : « qui vaut la peine qu’on se donne ; fructueux. » Et là, le fait de coudre trouve sa rentabilité. Loin de se focaliser sur le rendement matériel, le couturier amateur trouve une satisfaction dans cette activité. Enfiler un pantalon home-made ou une chemise que l’on a terminée la veille dépasse la dimension financière qui est inséparable de la couture en tant qu’activité professionnelle. Avoir réalisé quelque chose de ses mains procure une fierté que seuls les travailleurs manuels peuvent éprouver !

J’aurai l’occasion dans plusieurs articles de détailler mon plaisir à coudre, à chaque étape (quand certains moments sont pénibles vous le saurez aussi, je pense…). Alors si cela a un prix, je le paie volontiers. Si donc ce temps que je passe à tirer l’aiguille, je ne le compte pas, le calcul est assez vite fait : un pantalon coûte moins de 20 €, une chemise entre 5 et 30 €, un costume trois pièces aux alentours de 70 € et ainsi de suite, pour des matériaux de bonne voire très bonne qualité !

Enfin, mise à part la confection de vêtements de A à Z, sachez par exemple, comme me le fait remarquer à l’instant ma belle-mère, que faire un ourlet soi-même à la machine prend 5’, alors que cette opération peut vous coûter 10€ dans le commerce. Ca vaut pas le coup de savoir faire deux trois choses ?

 

Alors c’est rentable ou ça ne l’est pas ?

Chères couturières, chers couturiers, si votre motivation pour prendre une aiguille est pécuniaire, laissez tomber, et allez gratter un euro-million, ça sera plus efficace, et surtout plus rapide. Si par contre vous cousez pour occuper vos mains et votre imagination à faire du beau, n’attendez plus et foncez !

 

Bonne fin de semaine à toutes et tous, et à bientôt.

A.

 

 

4 Réponses

  1. J’ai déjà lu quelques articles traiter du même sujet sur d’autres blogs. De mon point de vue, la question ne s’est pas posée à un seul instant : j’estime que si c’est une passion, la question ne se pose même pas ! Se pose-t-on la question pour des passions comme la photo, la musique ou le dessin ? La couture amateur reste souvent dans la sphère privée. Coudre pour vendre est une étape psychologique à passer (personnellement) car c’est comme si je laissais partir une partie de moi-même ! Et quand bien même, si la couture devenait une activité commerciale, dans ce cas OUI il faut savoir combien ça coûte ! Mais sinon, quel intérêt ! 🙂 Certes, « Le Temps c’est de l’Argent » mais « Quand on Aime, on ne Compte Pas » !
    Alors continuons à craquer sur de sublimes étoffes, continuons à amasser des bobines de fils par monts et par vaux !
    • Augustin
      Je dis d’accord pour les sublimes tissus, Nevalune ! bien sûr, l’idée finale n’est pas de compter ses heures et devenir radin : au contraire, si mon vêtement n’a été payé que 15 € de ma poche, je peux aussi dire que le temps de main-d’oeuvre que je lui apporte avec mes compétences, en principe de plus en plus grandes au fur et à mesure, lui donnent une valeur ajoutée !
  2. Je découvre ton blog aujourd’hui grâce aux réseaux sociaux, et je le trouve très intéressant et très bien écrit!

    Je suis entièrement d’accord, le loisirs pour le plaisir n’a pas de « coût ». La « rentabilité » de tout ça est bien la satisfaction de faire et porter ce que l’on fait (ou offrir), et c’est la même chose pour le tricot ! Au prix de la laine, heureusement que je ne fais pas le compte et que je n’attends rien en retour sauf la satisfaction d’avoir tricoté quelque chose que je puisse porter 😉 (souvent de meilleure qualité qu’un tricot du commerce, pour un prix équivalent. Après, c’est plus long 😛 ).

    A propos de l’ourlet, j’avoue qu’au départ c’est ce qui m’a motivée à apprendre (je suis une fausse débutante comme on dit), car à 10€ j’ai trouvé ça un peu cher pour le temps passé et le peu de fournitures nécessaires (et puis j’avais la possibilité de récupérer une ancienne machine à coudre pour essayer). Bon, ce n’est pas ce que je préfère dans la couture, mais là, je sais que je ne perds pas d’argent « inutilement » 🙂

    • Augustin
      Bonjour Laeria,

      Merci pour ton commentaire, ça fait plaisir ! Je me rappelle m’être remis à tricoter après avoir vu de gros pull être vendus des centaines d’euros dans un magasin parisien. Je m’étais dit : quitte à payer cher autant que ce soit vraiment le mien !
      Ne dis pas trop que tu fais des ourlets, tu vas finir exploitée, comme moi par mes beaux-parents qui ne viennent jamais sans une demi-douzaine de pantalons haha !
      Bonne visite dans l’atelier et à bientôt !
      A.

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